Meurtre d'une étudiante: Vague d'indignation en Turquie

MONDE Des milliers de personnes ont manifesté ce lundi contre la recrudescence des violences contre les femmes

20 Minutes avec AFP

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Özgecan Aslan, une étudiante de 20 ans, a été sauvagement tuée en Turquie.
Özgecan Aslan, une étudiante de 20 ans, a été sauvagement tuée en Turquie. — 20 Minutes

Pour de nombreux Turcs, c'est le crime de trop. La mort d'Özgecan Aslan, une étudiante de 20 ans violée, assassinée, puis brûlée, a soulevé en Turquie une vague d'indignation qui tourne au procès contre le régime islamo-conservateur accusé d'incurie.

Depuis la découverte du corps de la victime vendredi près de Mersin (sud), des milliers de personnes, femmes et hommes confondus, sont descendus dans les rues des grandes villes de Turquie pour exprimer leur colère et surtout dénoncer la recrudescence inquiétante dans leur pays des violences contre les femmes.

Ce lundi, un millier de manifestants ont défilé à Mersin et 3.000 avocats qui dénonçaient un projet de loi controversé renforçant les pouvoirs de la police, ont rendu hommage à l'étudiante à Ankara en brandissant ses photos.

Les associations féministes ont appelé les Turques à porter le deuil et les réseaux sociaux débordent de messages de révolte exhortant les victimes à sortir du silence regroupés sous le mot-clé #sendeanlat («#toi aussi raconte» en turc).

 

Des supporters du club de foot d'Istanbul Galatasaray ont aussi décidé de montrer leur solidarité ce soir, lors de leur match en retard du championnat turc.

 

 

Les trois suspects sont passés aux aveux

Portée disparue le 11 février, Özgecan Aslan a été retrouvée morte deux jours plus tard dans une rivière de sa ville natale de Tarsus (sud). Selon le récit de la presse locale, la jeune femme a été violée, puis tuée à coups de barre de fer par le chauffeur du minibus qui la ramenait de l'université à son domicile.

Aidé de deux complices, dont son propre père, le violeur présumé, Ahmet Suphi Altindoken, a ensuite coupé les mains de sa victime et mis le feu à son corps pour faire disparaître toute trace d'ADN. Rapidement identifiés, les trois suspects ont été interpellés par la police et sont passés aux aveux. Ils ont été inculpés et écroués dimanche.

L'AKP pointé du doigt

Depuis l'enterrement vendredi de l'étudiante, les manifestations d'indignation ont pris un tour très politique. Le chef du principal parti d'opposition a attribué la hausse des violences faites aux femmes à la «morale» et la «mentalité» religieuses du Parti de la justice et du développement (AKP), qui règne sans partage sur le pays depuis 2002.

Le président Recep Tayyip Erdogan est un habitué des sorties polémiques sur les femmes. Récemment, il a ainsi estimé «contre nature» l'égalité homme-femme.

Selon les associations féministes, les meurtres de femmes ont nettement augmenté ces dix dernières années pour atteindre près de 300 cas en 2014. Un autre rapport compilé par le ministère de la Famille a évalué à 40% la part des femmes victimes de violences de la part de leur mari ou d'un membre de leur famille