Japon: Vives protestations après un éditorial qui prône l'apartheid dans le pays

POLEMIQUE Une romancière soulève l’idée de faire vivre à part les personnes en fonction de leur origine...

A Tokyo, Mathias Cena

— 

Une statue de Nelson Mandela recouverte par la neige devant l'ambassade d'Afrique du Sud à Washington, le 21 janvier 2014.
Une statue de Nelson Mandela recouverte par la neige devant l'ambassade d'Afrique du Sud à Washington, le 21 janvier 2014. — MANDEL NGAN / AFP

Une romancière nipponne a provoqué de vives protestations ces derniers jours après ses propos sur les mérites de la ségrégation raciale. Dans une tribune parue dans le quotidien ultraconservateur Sankei Shimbun, Ayako Sono, âgée de 83 ans, soulève l’idée de faire vivre à part les personnes en fonction de leur origine comme un modèle pour la politique d'immigration du pays.

L’ambassadeur d’Afrique du Sud au Japon, Mohau N. Pheko, s’en est ému dans une lettre adressée au journal, accusant l’écrivain de glorifier le système de l'apartheid qui, souligne-t-il, relève du «crime contre l'humanité». Il ajoute qu'une telle politique «ne devait pas être justifiée au 21e siècle» et que tous les pays doivent lutter contre la discrimination «fondée sur la couleur de la peau ou d'autres critères».

«Les blancs, les Asiatiques et les noirs devraient vivre séparément»

Ayako Sono, qui a été conseillère du gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe sur la réforme de l'éducation, juge dans son article paru la semaine passée que le Japon a besoin de travailleurs immigrés, pour aider notamment à apporter des soins à la population vieillissante de l'archipel.

En revanche, elle pense qu’ils ne devraient pas vivre ensemble. «Après avoir entendu parler de la situation en Afrique du Sud il y a 20 ou 30 ans, j’en suis venu à penser que les Blancs, les Asiatiques et les Noirs devraient vivre séparément», écrit-elle. Selon elle, «les gens travaillent, recherchent et socialisent ensemble. Mais en termes de résidence, ils devraient être séparés».

Vives réactions

L'article avait déjà suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, où certains jugeaient «choquant que le Sankei ait osé publier de tels propos». L'Organisation Africa Japan Forum, qui agit pour la promotion de l'Afrique dans l'archipel nippon, a elle demandé au journal une rétractation et des excuses envers le peuple sud-africain.

Le gouvernement, interrogé à ce sujet, joue la prudence et la neutralité en déclarant qu'il doit «s'abstenir de tout commentaire sur les opinions personnelles d'un particulier», et que «l'égalité pour tous est au Japon garantie par la loi».

L'immigration comme un recours au déclin de la population

L'intéressée, elle, s'est défendue en précisant qu'elle ne proposait pas l'apartheid en tant que régime, mais qu'elle constatait seulement, au vu de son expérience personnelle, «qu'il était difficile pour les personnes ayant des modes de vie différents de vivre ensemble».

Elle s'exprimait alors que le Japon s'interroge sur la politique à suivre pour limiter les effets négatifs d'une population vieillissante et la crainte d'une pénurie de main-d'oeuvre. L'éventuel recours à l'immigration est perçu avec circonspection par de nombreux Japonais.