Yémen: Les Houthis défiants avant un vote aux Nations Unies

MONDE Le Conseil de sécurité doit adopter une résolution qui met la milice chiite en demeure de se retirer des institutions qu'elle contrôle, de libérer les membres du gouvernement détenus, et de négocier, selon des diplomates...

B.D. avec AFP
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Des rebelles yéménites chiites à l'arrière d'un pick-up dans la capitale Sanaa le 21 septembre 2014
Des rebelles yéménites chiites à l'arrière d'un pick-up dans la capitale Sanaa le 21 septembre 2014 — Mohammed Huwais AFP

La milice chiite des Houthis a affiché ce dimanche sa détermination à poursuivre son coup de force au Yémen, avant un vote à l'ONU sur une résolution la sommant de lâcher le pouvoir à Sanaa. «Le peuple yéménite ne cèdera devant aucune menace», a déclaré le porte-parole des Houthis, Mohamed Abdessalam, affirmant que sa milice a engagé le Yémen «dans un processus d'autodétermination, à l'abri de toute tutelle» étrangère.

Cet avertissement est lancé alors que la communauté internationale s'alarme de plus en plus de la crise au Yémen, pays en phase «d'effondrement», selon le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon. Le Conseil de sécurité doit ainsi adopter ce dimanche une résolution qui met la milice chiite en demeure de se retirer des institutions qu'elle contrôle, de libérer les membres du gouvernement détenus, et de négocier, selon des diplomates. Selon des diplomates occidentaux, la Russie, elle-même sous le coup de sanctions américaines et européennes pour son implication en Crimée et dans l'est de l'Ukraine, est réticente à voter des sanctions.

Mesures coercitives

Le projet de résolution agite une vague menace de sanctions, mais il va moins loin que les demandes des monarchies sunnites du Golfe, qui ont réclamé au terme d'une réunion ministérielle samedi à Ryad, des mesures coercitives immédiates contre les Houthis sous le Chapitre 7 de la Charte de l'ONU. Ce chapitre permet d'exercer des pressions économiques et même militaires pour faire appliquer une décision du Conseil de sécurité.

Les miliciens chiites doivent, selon le projet de résolution, «s'impliquer de bonne foi dans les négociations» de paix menées sous l'égide de l'émissaire de l'ONU Jamal Benomar. Ils sont également appelés à «libérer le président (Abd Rabbo Mansour) Hadi, son premier ministre et les membres du cabinet», assignés à résidence depuis que la milice a pris le pouvoir.

Une réunion ministérielle de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Jeddah en Arabie saoudite, a dénoncé «le coup d'Etat des Houthis». Cette organisation, qui réunit 57 membres, a indiqué soutenir les demandes formulées la veille par les monarchies du Golfe. La Ligue arabe a pour sa part annoncé une réunion d'urgence mercredi sur le Yémen des chefs de diplomatie des pays membres.

Consultations

Les monarchies du Golfe en ont appelé à l'ONU car elles redoutent le chaos créé par «le coup d'Etat» des Houthis au Yémen, un pays menacé par l'essor d'Al-Qaida et par un courant séparatiste dans le sud du pays. Mais les miliciens chiites, qui tentent d'asseoir leur autorité sur le pays, dont les provinces du sud et du sud-est leur échappent encore, cherchent à étouffer toute contestation hostile, et usent de la force contre les manifestants et arrêtent des opposants.

A Aden, grande ville du sud, des représentants de partis politiques et les gouverneurs des trois provinces ont à nouveau dénoncé le «coup d'Etat des Houthis» et demandé que le président Abd Rbbo Mansour Hadi qui a été poussé, selon eux à la démission, soit rétabli dans ses fonctions. Les gouverneurs des provinces d'Aden, de Lahj et de Mahra, ont décidé de former une instance pour coordonner leur action, selon un communiqué publié à l'issue de la réunion.

L'émissaire de l'ONU, qui a prévenu jeudi que le Yémen risquait de «plonger dans la guerre civile», poursuit ses consultations avec les forces politiques, y compris les Houthis, qu'il devrait rencontrer de nouveau dimanche soir avec l'espoir de parvenir à une sortie de crise, selon son entourage.