Ukraine: Un espoir extrêmement fragile de règlement du conflit

DECRYPTAGE Artisans de l’accord de «Minsk 2» et observateurs restent très prudents quant aux chances de pacifier durablement le Donbass...

Bérénice Dubuc

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Les présidents biélorusse, Alexander Loukashenko, et russe, Vladimir Poutine, la chancelière allemande, Angela Merkel, et les présidents français François Hollande et ukrainien, Petro Poroshenko, à Minsk,le 11 février 2015. Lancer le diaporama
Les présidents biélorusse, Alexander Loukashenko, et russe, Vladimir Poutine, la chancelière allemande, Angela Merkel, et les présidents français François Hollande et ukrainien, Petro Poroshenko, à Minsk,le 11 février 2015. — AFP

Un «espoir sérieux» qui «ne garantit pas un succès durable». François Hollande s’est montré très prudent ce jeudi quant aux chances de voir le Donbass durablement pacifié, après dix mois de conflit ayant fait plus de 3.500 morts. A l’image des autres artisans de l’accord signé à Minsk pour imposer dès dimanche minuit un cessez-le-feu et la création d'une zone démilitarisée élargie dans l’est de l’Ukraine.

Le texte de «Minsk 2» n’est en effet qu’une série de mesures pour mettre concrètement en œuvre les accords déjà signés à Minsk… en septembre -qui prévoyaient déjà cessez-le-feu, retrait des pièces d'artillerie ou échanges de prisonniers- mais qui n’avaient pas été suivis d’effet. «Depuis plusieurs mois, à chaque trêve, on se pose la question de savoir si cette fois, c’est la bonne, et malheureusement la réponse est toujours la même», indique, pessimiste, Dominique Colas, professeur à Sciences Po et chercheur au Ceri.

«Vladimir Poutine est animé d’une volonté d’affirmation nationale de la Russie, comme l’ont montré l’annexion de la Crimée puis l’appui aux séparatistes du Donbass. Rien n’assure qu’il est prêt à changer de position», rappelle-t-il. Si preuve il fallait, pendant les négociations à Minsk, une cinquantaine de chars et autres équipements lourds ont pénétré sur le territoire ukrainien depuis la Russie, selon l’armée ukrainienne.

Pour le chercheur, il va donc «falloir observer les évolutions sur le terrain dans les prochains jours». Antoine Arjakovsky, historien et auteur de Russie Ukraine, de la guerre à la paix? (éd. Parole et silence) abonde: «On va voir très vite si l’accord peut tenir. L’application du cessez-le-feu, supervisée par les chefs d’État-major ukrainien et russe, va montrer tout de suite si les Russes effectuent une marche arrière ordonnée et coordonnée.»

Cependant, «Vladimir Poutine a moins de marge de manœuvre», ajoute le spécialiste des questions russes et ukrainiennes, rappelant que le président russe -comme Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande- s’est porté garant de cet accord, que la Russie a commencé à être économiquement asphyxiée, et que la population du Donbass, dans une situation humanitaire très grave, commence à montrer des signes de mécontentement.

«Un des points de l’accord stipule que des élections locales seront organisées dans les territoires occupés par les pro-russes d’ici la fin de l’année, et qu’en contrepartie, l’Ukraine s’engage à payer à nouveau les pensions dans le Donbass. C’est une chose sur laquelle Vladimir Poutine a beaucoup insisté, car la reprise des versements enlève un fardeau à la Russie, déjà plombée économiquement par les sanctions européennes, la chute des prix du pétrole…»

«Défaite diplomatique» de Poutine

Par ailleurs, le président russe «ne veut pas se retrouver entraîné dans une guerre totale face aux Ukrainiens, soutenus par les Américains, qui ont menacé de leur livrer des armes létales», indique Dominique Colas. «C’est extrêmement fragile, mais cette défaite sur le plan diplomatique de Poutine fait qu’il y a de vraies chances de faire avancer l’accord et de le mettre en application», juge Antoine Arjakovsky.

Cependant, «si cet accord est un revers pour Vladimir Poutine, son logiciel n’a pas changé, et reste agressif», met en garde l’historien. «Il faut donc travailler désormais sur le long terme, et dialoguer avec toutes les forces d’opposition en Russie, qui organisent d’ailleurs une manifestation le 1er mars à Moscou et Saint-Petersbourg, pour passer à la contre-offensive contre le régime russe, et l’empêcher à l’avenir de remettre en cause la sécurité des pays européens.»