Un an après les JO, à quoi ressemble Sotchi?

RUSSIE La ville hôte des olympiades d'hiver, un an après la cérémonie d'ouverture, est encore loin d'être une ville fantôme...

N.Beu.

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La ville de Sotchi, en Russie, au bord de la mer Noire, le 13 janvier 2015.
La ville de Sotchi, en Russie, au bord de la mer Noire, le 13 janvier 2015. — Dmitry Lovetsky/AP/SIPA

Comment empêcher les sites olympiques de mourir une fois la flamme éteinte? D’Athènes à Pékin, en passant par Albertville, la question se pose tous les deux ans pour les villes hôtes des JO, lorsque les athlètes font leurs valises. A Sotchi, les journalistes n’ont même pas attendu la fin des épreuves pour s’interroger sur l’avenir des infrastructures ; comment une ville où les chambres d’hôtel n’étaient pas achevées et certaines bouches d’égout non fermées allait-elle pouvoir rebondir? Quelques semaines plus tard, le doute était encore plus fort, certains médias n’hésitant pas à parler de ville fantôme… Pourtant, un an pile après la cérémonie d’ouverture, la réalité semble un peu plus contrastée.

Sur les bords de la mer Noire, le village olympique est, lui, bel et bien un décor apocalyptique. La série de photographies publiée par un blogueur en mars, un mois après la fin des Jeux, donnait déjà à voir des rues désertes, des immeubles inhabités et des chantiers laissés à l’abandon. Son titre: «Ville morte». Depuis, rien n’a changé. «Les appartements des athlètes sont toujours vides», confirme à 20 Minutes Benoît Robert, le directeur de Cluster Montagne, l’association qui regroupe les entreprises et institutions françaises à l’œuvre à Sotchi depuis 1995. Avant de relativiser: «Mais si vous allez à Brides-les-Bains, où étaient installés les sportifs des JO d’Albertville en 1992, je peux également vous indiquer des endroits déserts...»

Les gobelets à plastique n'ont pas bougé

Les patinoires, en revanche, sont pleines. Les enfants peuvent y jouer, y danser et s’adonner au hockey sur glace dans les enceintes du Centre national des sports et de la santé qui leur est réservé. Le palais des glaces Bolchoï, d’une capacité de 12.000 places, accueille pour sa part les matchs de l’équipe locale de hockey, les Léopards, qui jouent devant 7.000 supporters en moyenne, selon TF1. Quant au centre des médias tout proche, encore vide, il devrait accueillir à terme un hôtel et un centre commercial, ont promis les autorités.

 

En remontant vers l’est, à quelque 50 kilomètres, se trouve Rosa Khutor, une station de ski où se sont déroulées les épreuves de ski alpin l’an passé. Là encore, une série de photographies, prises en août, a mis en cause la capacité des Russes à réutiliser leurs infrastructures. Leur auteur y racontait avoir été stupéfait de découvrir un endroit «sans vie», où restaurants, hôtels et bars étaient désespérément vides. Selon lui, la ville entière n’utilisait alors que 5% des infrastructures créées pour l’événement, et les seuls touristes qu’il avait rencontrés lors de son séjour – une vingtaine – faisaient la queue pour prendre un télésiège.

Même son de cloche du côté de TF1. Les images des journalistes sur place montrent notamment un tremplin à ski fermé, et surtout les restes des tribunes provisoires entassés à ses pieds. De nombreux locaux n’ont pas plus servi et n’ont toujours pas trouvé preneur, à commencer par ceux du club France, où les gobelets en plastique laissés sur place il y a un an n’ont pas bougé. Du coup, pour dynamiser la région, Vladimir Poutine a autorisé en juillet l’installation de casinos pour attirer touristes et capitaux.

La menace de la crise financière

En attendant, les sites olympiques devront miser sur les vacances. «L’été dernier, la fréquentation de Rosa Khutor a été très satisfaisante et l’hiver s’annonce très bon», assure Benoît Robert, de Cluster Montagne. A la faveur de l’effondrement du rouble, qui a rendu les séjours à l’étranger très coûteux, de nombreux Russes se sont en effet repliés sur des destinations locales, expliquait La Croix fin décembre.

Pour attirer davantage encore de skieurs, les autorités ont en outre des projets. «Les quatre grands domaines près de Krasnaïa Poliana devraient être reliés par des remontées mécaniques et des pistes de liaison dans les deux-trois prochaines années», explique Benoît Robert, qui espère que les entreprises françaises y joueront un rôle. Seul ombre au tableau, selon lui: la crise financière qui touche le pays. «A cause d’elle, la Russie pourrait bien être amenée à revoir ses priorités», craint-il.