Italie: Le discret juge Sergio Mattarella, élu président de la République italienne

MONDE Il succède à Giorgio Napolitano qui avait démissionné mi-janvier...

C.P. avec AFP

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Sergio Mattarella, le nouveau président de la République italienne le 31 janvier 2015.
Sergio Mattarella, le nouveau président de la République italienne le 31 janvier 2015. — FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Le juge constitutionnel Sergio Mattarella a obtenu samedi matin les 505 votes de grands électeurs nécessaires pour devenir président de la République italienne, selon le décompte des voix encore en cours au Parlement.

Lorsque le candidat soutenu par le chef du gouvernement Matteo Renzi a atteint le seuil requis, le décompte diffusé en direct à la télévision s'est arrêté quelques minutes, le temps de longs applaudissements dans l'hémicycle.

Un «homme de la légalité», farouche adversaire de Berlusconisme

Avec cette élection, c'est un adversaire de Silvio Berlusconi qui accède à la tête de la présidence italienne: Sicilien réservé, héritier de la démocratie chrétienne (DC), et homme de principe, Sergio Mattarella s'est plusieurs fois heurté à l'ex-Premier ministre de Forza Italia.

«Mattarella représente la Sicile propre, celle qui a payé un prix élevé pour la libération des forces criminelles», a commenté l'actuel président de la région Sicile, Rosario Crocetta.

Son élection est «un geste de proximité, d'affection, de respect» de la part de la politique à tous ceux qui ont perdu un mari, un père, un frère dans «la barbarie des années 1970, 1980 et même 1990», avait affirmé jeudi le chef du gouvernement italien Matteo Renzi. «c'est avant tout un homme de la légalité», a-t-il ajouté en appelant son Parti démocrate (PD) à élire cet homme discret, qui fuit les caméras et s'est rarement exprimé dans la presse.

Sa seule interview connue à une télévision date de 2010 et c'était devant les caméras de l'Action catholique, un mouvement de jeunesse auquel il a lui-même appartenu.

Homme de principes, Sergio Mattarella est aussi «un des rares démocrates-chrétiens à avoir démissionné», a rappelé M. Renzi.

L'épisode remonte à 1990, lorsqu'il a renoncé à son poste de ministre de l'Education de Giulio Andreotti pour protester contre l'adoption d'une loi confirmant à Silvio Berlusconi, pas encore entré en politique, son quasi-monopole sur les chaînes de télévision privées en Italie.

La loi «Mattarellum»

Redevenu simple député, il a été chargé de rédiger une nouvelle loi électorale, censée assurer une meilleure stabilité politique à l'Italie.

La loi «Mattarellum», mêlant scrutin majoritaire et proportionnel, n'a pas vraiment satisfait puisqu'elle a été remplacée au bout de 10 ans par une nouvelle loi, qui fait elle-même l'objet d'une importante réforme en cours.

Face à la ligne pro-Berlusconi affichée par le Parti populaire, l'héritier de la vieille DC, il a rejoint le centre-gauche, qui l'a rappelé au gouvernement en 1998.

Si certains Italiens, surtout les plus jeunes, connaissent un peu cet homme au regard bleu et aux cheveux blancs, c'est avant tout parce que c'est lors de son passage au ministère de la Défense que le service militaire obligatoire a été supprimé en 2001.

Après ce dernier passage au gouvernement et 25 ans passés au Parlement, il a quitté la vie politique en 2008. Trois ans plus tard, il est élu juge à la Cour constitutionnelle.

Veuf depuis un peu plus d'un an, il a trois enfants et six petits-enfants. Il résidait ces derniers temps dans un modeste appartement de fonction à deux pas du Quirinale, le palais présidentiel, où il devrait s'installer dans les prochains jours.