Obama sous pression après le vote du Sénat en faveur de l'oléoduc Keystone XL

ETATS-UNIS Le président va devoir faire jouer son droit de veto s'il veut bloquer ce projet controversé...

P.B. avec AFP

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Sur le tracé du pipeline Keystone XL, dans le Nebraska, des pancartes rappelant le risque de pollution des eaux fleurissent.
Sur le tracé du pipeline Keystone XL, dans le Nebraska, des pancartes rappelant le risque de pollution des eaux fleurissent. — NH/AP/SIPA

«Keystone pipeline». La question de la construction de cet oléoduc empoisonne la vie politique à Washington depuis 2010, et cela ne va pas s'arranger. Jeudi, le sénat américain, dominé par les républicains, a voté à une large majorité en faveur du projet, auquel s'est toujours opposé Obama Désormais, le président va sans doute utiliser son droit de veto, ce qui devrait un peu plus envenimer des relations déjà tendues par la réforme de la santé.

Les sénateurs ont voté par 62 voix contre 36 en faveur d'une proposition de loi qui autoriserait immédiatement le projet transfrontalier, contesté par les écologistes et la majorité des démocrates.

La Chambre des représentants, également sous contrôle républicain, avait déjà voté pour Keystone XL le 9 janvier, mais devra revoter pour prendre en compte les amendements du Sénat et adopter définitivement le texte.

42.000 emplois ou 35?

Déposée par l'opérateur canadien TransCanada en 2008, puis avec un tracé modifié en 2012, la demande de permis de construire est suspendue à l'aval de l'administration de Barack Obama, qui doit déterminer si le projet sert «l'intérêt national». Keystone XL servirait de raccourci pour transporter du pétrole brut extrait des sables bitumineux de l'Alberta, dans l'ouest du Canada, jusqu'au Nebraska (centre des Etats-Unis), d'où il pourra rejoindre les raffineries du golfe du Mexique via un réseau d'oléoducs déjà existants.

Les républicains affirment que le projet créeraient 42.000 emplois. Mais les démocrates, eux, jurent qu'il ne s'agirait que postes temporaires et que seuls 35 emplois permanents seraient créés.

Moins intéressant avec la baisse du pétrole

Les écologistes et une majorité de démocrates y sont hostiles en raison des risques de fuite. Photos à l'appui, ils rappellent au public que le nettoyage de la gigantesque fuite d'un autre oléoduc dans la rivière Kalamazoo, dans le Michigan en 2010, n'est toujours pas terminé. Ils dénoncent aussi l'exploitation des sables bitumineux, qui défigure les paysages et émet plus de gaz à effet de serre.

Mais le département d'Etat, dans un rapport d'impact environnemental publié en janvier 2014, a conclu que la construction de Keystone XL n'aurait pas d'impact significatif sur le taux d'exploitation des sables bitumineux canadiens, qui disposent d'autres débouchés commerciaux que les Etats-Unis.

Au final, cet oléoduc aurait sans doute un impact négligeable sur l'emploi ou l'environnement. Le combat est avant tout idéologique. L'opinion, elle, était largement favorable au projet quand l'essence flirtait avec les cinq dollars le gallons. Mais avec un prix presque divisé par deux en un an, la majorité s'est effrité à 41% pour, 20% contre et le reste indécis, selon le sondage le plus récent, réalisé pour NBC et le Wall Street Journal. Le coût politique du veto semble désormais presque négligeable.