L'ultimatum de l'EI expire, Amman veut une preuve de vie de son pilote

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Montage en date du 28 janvier 2015 de portraits du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh et de l'Irakienne Sajida al-Rishawi
Montage en date du 28 janvier 2015 de portraits du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh et de l'Irakienne Sajida al-Rishawi — AFP

L'ultimatum lancé par l'organisation Etat islamique, qui a menacé de tuer un pilote jordanien si une prisonnière irakienne n'était pas libérée en échange d'un otage japonais, a expiré jeudi après-midi au moment où Amman réclamait une preuve de vie de son soldat.

Dans un enregistrement diffusé jeudi, l'EI avait de nouveau menacé d'exécuter le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh, au coucher du soleil jeudi à Mossoul, son fief dans le nord irakien, soit vers 14H35 GMT, si la jihadiste Sajida al-Rishawi n'était pas libérée.

«Dès le départ, notre position était de garantir la sécurité et la libération de notre pilote pour pouvoir libérer Sajida al-Rishawi», a expliqué un porte-parole du gouvernement jordanien, affirmant que l'Irakienne était toujours en prison.

«Nous avons demandé des preuves que notre pilote était toujours en vie mais nous n'avons rien reçu jusqu'à présent», a-t-il ajouté, peu avant l'expiration de l'ultimatum.

«Nous n'avons eu aucune indication qu'il est toujours en vie», a confirmé à l'AFP le père du pilote, Safi al-Kassasbeh. «Le gouvernement ne nous a rien dit sur des négociations et je ne pense pas qu'ils prennent l'affaire au sérieux. Il n'y a rien que nous puissions faire à part attendre».

La nouvelle mise en demeure de l'EI, diffusée via des comptes Twitter liés au groupe, est formulée en anglais par une voix qui est très probablement celle de l'otage japonais Kenji Goto selon Tokyo.

Sa femme a lancé un appel vibrant pour obtenir la libération de son époux. «J'implore les gouvernements jordanien et japonais de comprendre que les destins des deux hommes sont entre leurs mains», a-t-elle déclaré en soulignant que son mari était «un homme bon et honnête qui est allé en Syrie montrer la situation de ceux qui souffrent».

Mercredi, la Jordanie s'était dit prête à libérer Sajida al-Rishawi condamnée à mort pour sa participation à des attentats en 2005 à Amman, mais avait souhaité que l'EI relâche également son pilote. Or l'EI n'a pas évoqué une possible libération du Jordanien.

- 'Victoire morale' -

Pour Mohammed Abou Remmane, du Centre des études stratégiques à l'Université jordanienne, une «libération de Rishawi constituerait une victoire morale pour l'EI, surtout par rapport aux tribus irakiennes qui lui ont offert un terreau fertile».

Le groupe ultra-radical, qui a exécuté de nombreux otages notamment occidentaux enlevés en Syrie, exige que Mme Rishawi soit transférée à la frontière syro-turque, selon le centre américain de surveillance des sites islamistes (SITE).

Au poste-frontière turc d'Akçakale, face à la ville syrienne de Tall Abyad aux mains de l'EI, une cinquantaine de journalistes, dont une dizaine de Japonais, patientaient dans l'éventualité d'un échange. Des policiers et agents en civil étaient présents en nombre.

Maaz al-Kassasbeh a été capturé le 24 décembre après le crash de son F-16 en Syrie, où il menait un raid sur des positions de l'EI dans le cadre de la coalition internationale anti-jihadistes. Le journaliste Kenji Goto a été enlevé fin octobre, en Syrie également.

«Notre priorité c'est Maaz», a réaffirmé le porte-parole des forces armées à Amman.

«Nous allons faire de notre mieux pour obtenir la libération au plus vite du ressortissant nippon», a déclaré de son côté le Premier ministre Shinzo Abe.

- La Jordanie écartelée -

Le Japon, l'un des principaux créanciers de la Jordanie, à laquelle il a fourni 335,5 millions de dollars d'aides depuis 2007, tente de persuader Amman de l'aider à sauver M. Goto.

Les Japonais ont été choqués par l’exécution d'un autre otage nippon, Haruna Yukawa, dans un enregistrement diffusé par l'EI le 24 janvier. Il avait été capturé en août en Syrie, avant que M. Goto ne parte à sa recherche et soit enlevé à son tour.

Pour les experts, la Jordanie est écartelée et sous forte pression: l'allié japonais souhaite la libération de son ressortissant, l'allié américain refuse de céder aux jihadistes et son opinion publique veut la libération du pilote.

Après l'exécution du premier otage japonais, l'EI avait menacé mardi d'exécuter M. Goto ainsi que le pilote si l'Irakienne n'était pas libérée.

Signe de la nervosité des autorités d'Amman, deux journalistes jordaniens ont été arrêtés pour avoir annoncé à tort qu'elle avait été relâchée, alors que de folles rumeurs courraient sur une libération de Mme Rishawi.

L'EI, dont les actes suscitent une vague d'indignation internationale, est monté en puissance à la faveur de la guerre en Syrie et contrôle de vastes pans de territoire dans ce pays et en Irak.

Accusé de crimes contre l'Humanité, le groupe est la cible de frappes de la coalition dirigée par les Etats-Unis, à laquelle participe la Jordanie.