Otages en Syrie: Qui est Sajida Al-Rishawi, l’Irakienne dont Daesh réclame la libération?

PORTRAIT Agée de 44 ans, la «sœur emprisonnée» des djihadistes de l’Etat islamique a participé aux attentats d'Amman de novembre 2005, et serait liée à l’ancien groupe Al-Qaida en Irak…

Bérénice Dubuc

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Montage de photographies du pilote jordanien  Maaz al-Kassasbeh (G), retenu par Daesh, et de la djihadiste irakienne Sajida al-Rishawi, que Daesh souhaite voir libérer.
Montage de photographies du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh (G), retenu par Daesh, et de la djihadiste irakienne Sajida al-Rishawi, que Daesh souhaite voir libérer. — AP/SIPA

Elle pourrait servir de monnaie d’échange. «Elle», c’est Sajida al-Rishawi, une djihadiste irakienne emprisonnée en Jordanie, dont le groupe djihadiste Etat islamique réclame la libération, à défaut de quoi il menace d'exécuter le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh et l'otage Japonais Kenji Goto. Portrait.

Qui est Sajida Al-Rishawi?

Celle qui est décrite comme une «sœur emprisonnée» des djihadistes de l’EI dans la vidéo diffusée mardi est irakienne et âgée de 44 ans. Originaire de Ramadi, à l'ouest de Bagdad, elle a expliqué dans un entretien diffusé à la télévision jordanienne en 2005 qu’elle était entrée en Jordanie avec son mari, Hussein Ali al-Shamari, grâce à de faux passeports.

Que lui est-il reproché?

Dans sa confession télévisée de 2005, Sajida al-Rishawi a raconté comment elle avait pris part aux attentats coordonnés qui ont eu lieu dans trois hôtels d'Amman le 9 novembre de cette année-là, faisant 57 morts. Avec son mari, l’Irakienne visait l’hôtel Radisson de la capitale jordanienne, où avait lieu une cérémonie de mariage. Mais, si son mari a réussi à se faire exploser, sa ceinture d’explosifs à elle n’a pas fonctionné. Elle a alors pris la fuite au milieu de la foule paniquée, avant d'être arrêtée quelques jours plus tard. Elle a été condamnée à mort par pendaison en 2006 -et son appel a été rejeté l'année suivante, selon l’International Business Times-, mais, la même année, la Jordanie a entamé un moratoire sur la peine de mort, suspendant les exécutions. Ces dernières n’ont repris que le mois dernier, précise CNN.

Où est-elle à présent?

Depuis sa condamnation il y a 9 ans, l’Irakienne n’a pas été revue en public. Ce mercredi, un responsable jordanien a démenti des informations sur un transfert de la détenue de sa prison en vue de sa libération.

Pourquoi l’EI se préoccupe d’elle?

Les attentats d’Amman ont été revendiqués par Al-Qaida en Irak -dont l’EI est une émanation-, alors dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarkawi (tué en 2006). Or, selon les autorités jordaniennes, Sajida al-Rishawi est la sœur d’un ancien bras droit d'Abou Moussab al-Zarkawi, aujourd’hui décédé.

De plus, ce n’est pas la première fois que l’EI réclame la libération d’une djihadiste liée à Al-Qaida, rappelle Newsweek. Après l’exécution du journaliste James Foley en août 2014, il a été rendu public que l’EI exigeait la libération d’Aafia Siddiqui, également appelée «Lady Al-Qaida», très populaire auprès des sympathisants djihadistes, et qui purge depuis 2010 une peine de 86 ans de prison au Texas pour tentative de meurtre sur des officiers américains en Afghanistan.

Comme l’expliquait le spécialiste Alain Rodier à Atlantico, la libération de telles figures symboliques permettrait à l’EI de prendre encore un peu plus l’ascendant sur Al-Qaida et de réunir les mouvements encore fidèles à Ayman al-Zawahiri (Aqpa, Aqmi, Shebabs somaliens…) sous la bannière du califat, mais aussi «d'étayer le discours de l'EI en direction de la gent féminine».