Les djihadistes chassés de Kobané: «C'est stratégiquement inutile, mais psychologiquement important»

SYRIE Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, Daesh n'occupe plus cette ville située à la frontière turco-syrienne...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
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Des combattants kurdes à Kobané le 19 novembre 2014.
Des combattants kurdes à Kobané le 19 novembre 2014. — Jake Simkin/AP/SIPA

La fin d’un bourbier? L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a affirmé ce lundi que les Kurdes contrôlaient désormais «totalement» Kobané, cette petite ville frontalière de la Turquie devenue le symbole de la résistance aux djihadistes de l'organisation Etat islamique (EI). Pour comprendre les conséquences de cette annonce, 20 Minutes a demandé son éclairage à Alain Rodier, directeur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

Peut-on crier victoire?

Non, soyons prudents. Il y aura des déclarations, des photos, célébrant la victoire mais il faut rester très méfiant, les forces de l’EI ne sont pas défaites. Il peut s’agir d’une tactique de repli sur des positions préparées à l’avance. L’EI tient les environs, ça ne leur pose pas trop de problèmes de se replier. Kobané, c’était une guerre d’usure qui n’était pas à son avantage. Comme le conflit ici était mal embarqué pour eux, il fallait bien qu’ils manœuvrent, le temps d’envisager une autre stratégie. Je vois ça plus comme une manœuvre tactique que comme une grande victoire.

Mais voir l’EI reculer, c’est forcément positif pour les Kurdes et la coalition…

Sur le plan psychologique, c’est extrêmement important, car ça va pouvoir être présenté comme un premier échec de l’EI qui s’est «cassé les dents» sur Kobané. Ils ont essayé, ils ont insisté, ça n’a pas marché. Ça stoppe la logique de progression qu’ils avaient jusqu’à la fin de l’été 2014. Kobané est stratégiquement inutile, mais psychologiquement très importante. L’EI piétine au Kurdistan irakien, il piétine devant Bagdad, et à Kobané il abandonne des positions. Il a aussi cédé du terrain dans la province de Diyala, à l'est de l'Irak, vraisemblablement sous la pression des milices chiites appuyées par les Iraniens qui avaient annoncé qu'ils ne toléreraient pas la présence de l'EI à proximité de sa frontière.

Les djihadistes vont-ils contre-attaquer?

Techniquement parlant, l’EI peut attaquer un autre quartier de la ville, ce n’est pas impossible. Ce progrès des Kurdes à Kobané, ce n’est pas la libération de Paris. Tout n’est pas fini.

Et les combattants kurdes, peuvent-ils pousser leur avantage?

Les Kurdes veulent juste renforcer leurs positions, éventuellement pousser plus avant leur avantage pour voir jusqu’où ils peuvent aller mais dès qu’ils rencontreront de la résistance ils s’arrêteront. Il n’y a aucune intention de gagner du terrain, en tout cas pour le moment et dans les mois à venir. Ce que beaucoup, y compris le commandement de la coalition, espèrent, c’est que des divisions internes à l’EI apparaissent quand celui-ci cessera d’être dans une logique de victoire et de conquêtes. Mais ça n’arrivera ni d’un coup, ni demain ou après-demain.