Un navire baptisé du nom d’un officier SS fait polémique

MONDE Le «Pieter Schelte Heerema» porte le nom d'un officier hollandais de la Waffen-SS...

M.C.

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Le — JERRY LAMPEN / ANP / AFP

Quatre cents mètres de long, 124 m de large… et le nom d’un criminel de guerre. Le Pieter Schelte Heerema, l’un des plus grands navires au monde, capable de soulever des plateformes pétrolières entières, provoque une controverse à cause de l’homme auquel il rend hommage: Pieter Schelte, qui fut un officier hollandais de la Waffen-SS. Condamné à trois ans de prison pour crimes de guerre, il est parti au Venezuela après sa libération.

«Baptiser un bateau du nom d’un officier SS qui a été condamné pour crimes de guerre est une insulte aux millions de gens qui ont souffert et sont morts aux mains des nazis», déplore Jonathan Arkush, vice-président du Conseil des représentants des juifs britanniques. «Nous appelons les propriétaires à lui donner le nom d’une personne plus convenable.»

«Ca ne dérange pas suffisamment de gens pour qu’on le change»

Le navire a été bâti pour le groupe suisse Allseas, appartenant à un Hollandais nommé Edward Heerema, le fils de Pieter Schelte. Construit par le Coréen Daewoo, il a rejoint les Pays-Bas pour y être équipé de grues début janvier, quelques semaines avant le 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945.

«Nous nous sommes battus pendant dix ans contre ça, à essayer de convaincre les gens que ce nom était une offense», regrette Esther Voet, directrice du Centre pour l’information et la documentation sur Israël, «mais non, le plus gros navire au monde porte le nom d’un officier SS, et ça ne dérange pas suffisamment de gens pour qu’on le change.» Une pétition a été lancée pour que le navire soit rebaptisé.

La mobilisation n’impressionne cependant pas la société de classification maritime britannique Lloyd’s Register, qui a été impliquée dans le lancement du navire: «Ce n’est pas notre rôle de prendre position sur le nom d’un navire», se défend un porte-parole auprès du journal The Observer. La société Allseas, elle, se refuse à tout commentaire, renvoyant à une interview du fils de Pieter Schelte, où il argue que celui-ci a pris ses distances du régime nazi en juin 1943.