La montée de Syriza peut-elle booster les gauches radicales européennes?

ÉLECTIONS EN GRECE L’émergence du mouvement de gauche radicale en Grèce ouvre de nouvelles perspectives aux partis de gauche radicale en France et en Espagne...

Audrey Chauvet

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Alexis Tsipras, leader de Syriza, et Pablo Iglesias, du parti espagnol Podemos, le 22 janvier 2015 à Athènes.
Alexis Tsipras, leader de Syriza, et Pablo Iglesias, du parti espagnol Podemos, le 22 janvier 2015 à Athènes. — REX/REX/SIPA
  • Le parti espagnol Podemos caracole dans les sondages et s'affiche comme l'allié de Syriza
  • La gauche française promet une grande coalition, du NPA à EELV
  • L'Europe du Sud, durement touchée par la crise, se réunit sous la bannière de l'anti-austérité

Favori aux élections législatives qui se déroulent ce dimanche en Grèce, le mouvement de gauche radicale Syriza pourrait, quel que soit le résultat du scrutin, inspirer les mouvements politiques de gauche radicale en Europe. Alors que le parti espagnol Podemos est bien placé pour les prochaines élections législatives en Espagne, la gauche française aimerait voir en Alexis Tsipras l’oracle annonçant de futures victoires.

Podemos caracole en tête des sondages en Espagne

Ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement à Athènes ce jeudi pour le dernier meeting d’Alexis Tsipras, le leader de Syriza. Au milieu des drapeaux et des affiches portant le mot «Elpida», «espoir» en grec, on pouvait apercevoir Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, Julien Bayou, porte-parole d’Europe-Ecologie-Les Verts, mais surtout Pablo Iglesias, chef de file du parti de gauche espagnol Podemos, devenu le quatrième parti dans son pays en obtenant cinq sièges au Parlement européen en mai dernier.

>> A lire: Podemos, le petit parti qui pourrait bien mater les gros

La gauche espagnole compte bien capitaliser sur l’émergence du parti frère en Grèce: «Le vent d'un changement démocratique s'est levé (…). Il s'appelle Syriza en Grèce, il s'appelle Podemos en Espagne», a lancé le leader espagnol qui espère rassembler au-delà des «Indignés» lors de la «marche pour le changement» le 31 janvier à Madrid. Confrontés aux mêmes difficultés économiques, Espagnols et Grecs se sont alliés dans le refus de l’austérité dictée par l'Union européenne. «La dignité du peuple a été humiliée, il est temps que les Grecs et les Espagnols prennent eux-mêmes leur destin en main», a déclaré Pablo Iglesias, dont le parti est d’ores et déjà crédité de 23% d’intentions de vote pour les législatives de 2015.

La gauche française dépassera-t-elle ses dissensions?

Les Français se sont aussi pris à rêver d’un rassemblement de la gauche de la gauche. Réunis en meeting lundi dernier à Paris, des socialistes proches de Benoît Hamon, des représentants du Front de gauche et du Parti communiste ainsi que des écologistes ont appelé de leurs vœux un nouveau souffle pour la gauche après la déception du «hollandisme». Pour Jean-Luc Mélenchon, le «processus» de recomposition de la gauche française est «irréversible» et une «autre coalition peut naître».

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Cécile Duflot, qui ne portait pourtant pas Jean-Luc Mélenchon dans son cœur, a ainsi déclaré se sentir «à sa place» au milieu du NPA, du Parti communiste et des socialistes dissidents. Eric Coquerel, du Parti de gauche, voyait même dans le rassemblement de lundi «le futur gouvernement de la France». Mais avant de se constituer en une coalition à la Syriza, il faudrait que la gauche française parvienne à surmonter les nombreux désaccords politiques et les inimitiés qui persistent. La lune de miel entre Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot pourrait par exemple être mise en péril par leurs positions divergentes sur l’Europe.

L’Europe du Sud voit rouge

Au Portugal et en Italie, on mise aussi sur un effet domino: «J'espère qu'une victoire de Syriza marquera le début d'une vague de changement des politiques européennes et que la dette et les politiques d'austérité seront remises en cause», a déclaré Marisa Matias, députée européenne du Bloc de gauche portugais ce vendredi, lors d’un rassemblement des partis de gauche alternatifs à Barcelone. S’il est encore trop tôt pour parler d’un «printemps européen des peuples», une victoire du parti grec pourrait faire fleurir les revendications anti-austérité dans le sud de l’Europe.