«Les étudiants sont extraordinairement unis»

Propos recueillis par Johana Sabroux

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Le témoignage de Lise Hart, étudiante à Virginia Tech, directrice des relations publiques pour les associations du campus.

«Lundi, l’émotion était trop forte. Aujourd’hui, nous recommençons à aller de l’avant. Des groupes d’élèves sillonnent le campus pour préparer la veillée de ce soir, récolter des bougies. Nous attendons 40.000 personnes: des élèves, mais aussi des habitants, des membres de l’administration, des responsables de l’université, des gens venus de plus loin. Il y aura un mur fait de 32 pierres sur lequel on pourra écrire des messages en hommage aux victimes, et plus de 10.000 bougies pour accompagner nos prières. Nous avons reçu de très nombreux emails, de tout le pays, qui exprimaient leur soutien, qui nous proposaient leur aide, il y a un élan de solidarité très fort.

«Nous ne pourrons pas surmonter ça facilement»

A 14h pour la première fois, l’administration de l’Université s’adressera aux élèves. Le président Bush sera là aussi, mais pour l’instant, nous nous concentrons sur ce que nous pouvons faire les uns pour les autres, sur le bien-être des étudiants. La vie est comme en suspens. Ce qui s’est passé, nous ne pourrons pas le surmonter facilement, il faut du temps. Les cours sont arrêtés jusqu’à la fin de la semaine, le bâtiment où a eu lieu la fusillade restera fermé jusqu’à la fin de l’année, et même si l’Université rouvre officiellement mercredi, le personnel est encouragé à se reposer. Le message, c’est que la vie continue, Virginia Tech continue, mais chacun peut prendre le temps dont il a besoin pour faire son deuil.

«Ce que nous ressentons»


Certains étudiants sont rentrés chez eux, mais la plupart ont préféré rester. A l’extérieur, personne ne pourra vraiment comprendre ce que nous ressentons. Sur le campus, tout le monde s’entraide, se soutient, les étudiants sont extraordinairement unis. Il y a une grande volonté de partager. Lundi, nous étions stupéfaits, il nous a fallu la journée pour comprendre ce qui s’est passé. Aujourd’hui, nous prenons des mesures concrètes pour avancer, commencer à guérir. La discussion sur les armes viendra sûrement, mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Nous ne pensons qu’aux étudiants, aux victimes, à leurs proches.

«Un de mes amis est décédé»

Nous sommes contents que les informations commencent à être diffusées, comme la nationalité du tireur, mais pour l’instant c’est encore flou. La police ne veut pas communiquer d’informations incomplètes, et nous n’aurons les noms des 32 victimes que dans quelques jours. Je sais déjà qu’un de mes amis est décédé. Il s’appelait Ryan Clark. C’était l’un des étudiants les plus brillants, les plus impliqués sur le campus. Il a été tué lors de la première fusillade, parce qu’il a tenté d’intervenir dans la dispute entre le tireur et sa petite amie. C’était son rôle, c’était un des responsables des élèves. Le tireur les a tués tous les deux. Penser que quelqu’un qui aimait tant la vie, qui avait tellement de talent a été tué comme ça, c’est atroce.

Ce que j’ai vécu lundi, c’est sans doute ce que j’aurais à vivre de plus difficile dans ma vie. C’est surtout la façon dont ils ont été tués. Des étudiants comme moi, plus jeunes que moi. Le campus, notre sécurité ont été violés. Enfermés dans une salle de classe, pris au piège, ils ont été exécutés, sans raison. Ça ne peut pas se justifier, ça ne peut pas s’expliquer. On ne pourra jamais l’accepter, on peut juste prier pour que ça n’arrive plus.»