Birmanie: Le leader des moines nationalistes persiste sur la «putain» de l'ONU

RELIGION Le leader politico-religieux controversé ne regrette pas d'avoir insulté l'envoyée de l'ONU en Birmanie...

20 Minutes avec AFP

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Le moine birman controversé Wirathu à Yangon le 20 juin 2014.
Le moine birman controversé Wirathu à Yangon le 20 juin 2014. — Gemunu Amarasinghe/AP/SIPA

«Si j'avais pu trouver un mot plus sévère, je l'aurais utilisé»: loin de s'excuser après avoir traité vendredi l'envoyée de l'ONU en Birmanie de «putain», Wirathu, leader des moines bouddhistes nationalistes du pays, a maintenu ses propos mardi auprès de l'AFP.

«C'était le mot le plus dur (auquel je pouvais penser), alors je l'ai employé. Ce n'est rien par rapport à ce qu'elle a fait à notre pays», a expliqué le moine, qui accuse l'ONU de vouloir «interférer» dans les affaires de la nation.

La crainte d'un «retour en arrière»

Lors d'une manifestation à Rangoun contre la visite en Birmanie de Yanghee Lee, rapporteur de l'ONU, Wirathu a déclaré à ses partisans que cette dernière était une «putain dans notre pays» lors d'un discours enflammé largement partagé sur les médias sociaux. Dans son discours de vendredi, le moine avait descendu en flamme Yanghee Lee après ses critiques concernant un ensemble de projets de lois religieuses controversées.

Cette dernière avait déclaré que ces projets - y compris celui qui entend réduire les mariages interreligieux, celui sur les conversions religieuses et les naissances - seraient un autre signe que la Birmanie était en train d'effectuer un «retour en arrière».

Vers une politisation de la religion

Le discours de ce moine, accusé depuis des mois d'attiser les tensions religieuses en Birmanie, a généré une vague de commentaires dans les médias sociaux, beaucoup de gens exprimant leur indignation. Le porte-parole du président Myanmar Zaw Htay a déclaré qu'aucune plainte officielle n'avait été reçue après les propos de Wirathu.

La montée du nationalisme bouddhiste - que le gouvernement semble approuver- fait craindre une politisation croissante de la religion alors que le pays, gouverné par une junte, approche des élections en 2015. Depuis la dissolution de la junte en 2011, le gouvernement quasi-civil a entraîné la Birmanie dans un tourbillon de réformes qui ont permis l'ouverture de ce pays après un demi-siècle de dictature.

Mais la Birmanie a également été secouée depuis 2012 par une série de violences entre bouddhistes et musulmans qui ont fait au moins 250 morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, en majorité des musulmans. Et ces tensions reviennent sur le devant de la scène à l'approche des législatives-test de fin 2015, auxquelles le parti d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et très prudente sur ce dossier sensible, est donné favori.