Secte, mouvement islamiste ou groupe terroriste: Qui se cache derrière Boko Haram?

NIGERIA Les insurgés ont une nouvelle fois lancé un raid meurtrier dans le nord du Cameroun dimanche...

Audrey Chauvet

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Des islamistes de Boko Haram dans une vidéo de propagande publiée le 9 novembre 2014.
Des islamistes de Boko Haram dans une vidéo de propagande publiée le 9 novembre 2014. — HO / BOKO HARAM / AFP

Boko Haram, ou «livre interdit»: la signification du nom de ce groupe terroriste, qui sévit au Nigeria depuis 2003, donne une première explication de leurs motivations. Rejetant la culture occidentale et la «perversion» de l’enseignement par ses valeurs, les membres de Boko Haram veulent une application stricte de la charia, la loi islamique, dans le nord du Nigeria. Qualifié de secte, de mouvement islamiste ou de groupe terroriste, Boko Haram multiplie depuis le début de l’année les raids et les prises d’otages au Nigeria, mais aussi au Cameroun et aux abords du lac Tchad.

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«Cette intensification est liée aux élections prévues au Nigeria le 14 février prochain, pour lesquelles Boko Haram veut continuer à décrédibiliser le pouvoir central, et à la préparation à d’éventuelles ripostes», explique Samuel Nguembock, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Les prises d’otages sont stratégiques: si les forces militaires de la région avaient le dessus sur les terroristes, les personnes détenues deviendraient une monnaie d’échange.

Un positionnement stratégique autour du lac Tchad

Créé en 2002, Boko Haram, d’abord qualifié de secte, s’inspire du courant salafiste et revendique depuis son origine la création d’un Etat islamique au Nigeria. Le gouvernement de ce pays, dans lequel la communauté chrétienne du sud est aussi importante que la communauté musulmane du nord, est considéré impie et corrompu par Boko Haram. C’est donc contre les forces de sécurité et le gouvernement nigérian qu’ont été données les premières offensives de la secte. Mais en 2009, l’arrivée d’Aboubakar Shekau à la tête du groupe a changé les modes d’action: les attentats frappant les civils, en particulier les chrétiens, se sont multipliés, suivis de nombreuses prises d’otages, dont celle spectaculaire de 200 lycéennes en avril 2014.

«Il est aujourd’hui difficile de dire que Boko Haram suit des revendications idéologiques visant à l’instauration de la charia sur l’ensemble du territoire, estime Samuel Nguembock. Il y a d’autres enjeux politiques et économiques, notamment un contrôle territorial plus important autour du lac Tchad pour avoir un positionnement transfrontalier stratégique en cas d’encerclement par les armées de la région.»  Devenu «un métier» pour les combattants de Boko Haram, le terrorisme a besoin de bases arrière pour se perpétuer: «Boko Haram contrôle plusieurs localités au sud-est du Nigeria où ils ont accès aux banques locales et trouvent des sources de financement», précise Samuel Nguembock.

Soutiens internationaux

Financée par ses membres et sympathisants, la secte est aussi aidée depuis l'étranger. «Ils s’appuient sur des soutiens logistiques de la part d’autres groupes terroristes, poursuit le chercheur à l’Iris. Le trafic d’armes et d’explosifs en provenance de Libye est assez important pour alimenter le réseau et d’autres groupes au Moyen-Orient, notamment Daesh, peuvent apporter une aide en termes de formation ou d’équipement.» Venir à bout de la secte sera donc difficile et pourrait nécessiter l’appui de la communauté internationale : «Le plus efficace serait de mettre à profit l’opération Barkhane» menée par les troupes françaises contre les groupes djihadistes armés au Sahel, estime Samuel Nguembock.

Avec quelque 1.300 militaires français basés à N’Djamena, la capitale tchadienne proche de la frontière avec le Nigeria, l’opération Barkhane «dispose de moyens de renseignements sophistiqués, de drones, d’une aviation militaire et de technologies de pointe qui pourraient être utiles à la mobilisation contre Boko Haram», précise le chercheur. Les tensions, qui risquent de s’aggraver avant la prochaine élection présidentielle le 14 février, pourraient justifier une aide internationale dans la lutte contre Boko Haram.