Yémen: A qui profite le chaos?

MONDE De violents affrontements ont éclaté ce lundi matin dans la capitale yéménite...

A.B.
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Des soldats yéménites bloquent les rues autour du palais présidentiel, après les violents affrontements qui ont fait deux morts ce lundi matin à Sanaa, la capitale.
Des soldats yéménites bloquent les rues autour du palais présidentiel, après les violents affrontements qui ont fait deux morts ce lundi matin à Sanaa, la capitale. — M.HUWAIS / AFP

Le Yémen s'enfonce dans la violence. Ce lundi matin, le convoi du Premier ministre Khaled Bahah a essuyé des tirs de miliciens chiites à Sanaa, la capitale, où dans le même temps de violents affrontements ont éclaté autour du palais présidentiel entre militaires et Houthis, des miliciens chiites.



Yémen: affrontements près du palais... par 20Minutes

Chaos et instabilité politique

Face à la violence des affrontements, de nombreux habitants ont quitté le secteur, alors que le pays est plongé dans le chaos et l'instabilité politique. Un cessez-le-feu entre miliciens chiites et gardes du palais présidentiel à Sanaa a été décrété lundi à partir de 13H30 et est déjà entré en vigueur, a annoncé un responsable des services de sécurité. 

Dans la capitale, la tension est montée d'un cran depuis l'enlèvement samedi du chef de cabinet du président Hadi, Ahmed Awad ben Moubarak, revendiqué par les miliciens chiites d'Ansaruallah, ou Houthis. Un rapt en vue d'obtenir des changements au projet de Constitution qu'ils rejettent, refusant la formule d'un Yémen fédéral. Ben Moubarak avait supervisé la rédaction de ce projet de Loi fondamentale et dirigé le processus de dialogue national lancé après le départ de l'ancien président Ali Abdallah Saleh en février 2012.

«Le Yémen vit une crise importante, à même de remettre en cause la transition politique mise en place en 2011» analyse Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS spécialiste du Yémen pour 20 Minutes.

L'influence grandissante des Houthis

 Les miliciens d'Ansaruallah, entrés dans la capitale en septembre, ont déployé des renforts dans le quartier du palais, toujours sous le contrôle de la garde présidentielle. Depuis lors, les Houthis n'ont cessé d'étendre leur influence dans le pays, où ils rencontrent une forte résistance de combattants sunnites. Mais aussi d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), qui a revendiqué mercredi dernier l'attentat contre Charlie Hebdo.
Sur fond de violences endémiques, le Yémen est engagé dans un difficile processus de transition politique. «Il y a des signes qui montrent que les Houthis se rapprochent du pouvoir», poursuit le chercheur. Les Houthis ont signé avec les autorités un accord prévoyant le retrait de leurs miliciens de la capitale et la restitution d'armes et d'équipements pillés aux forces de sécurité. L'accord prévoit la formation d'un nouveau gouvernement avec la participation des Houthis et l'intégration d'une partie de leurs miliciens dans les forces armées.
 

Une «alliance contre-nature»

Pourquoi faire une place aux rebelles Houthis au sein du pouvoir? «Il y a une confrontation entre deux acteurs du paysage politique yéménite, explique Laurent Bonnefoy, dont l'un est soutenu par les tenants de l'ancien régime, qui lui donnent les moyens de mettre la pression sur le président de transition». Car en coulisses, la rébellion bénéficierait «du soutien d'entités militaires vraisemblablement restées fidèles à l'ancien dictateur Saleh. Une alliance contre-nature, liée à la volonté d'écarter les Frères musulmans du pouvoir», décrypte Laurent Bonnefoy. «Et sans cette alliance-là, il lui aurait été difficile, voire impossible de prendre la capitale».

De là à préconiser une intervention internationale? «Non, tranche Laurent Bonnefoy, une intervention armée serait hors de propos». Un renforcement de la coopération internationale pourrait être une piste, même si «les services de renseignements yéménites sont affaiblis par l'instabilité et l'incapacité de l'Etat à contrôler son territoire».