Une de Charlie Hebdo: Les Français de l’étranger doivent-ils craindre une flambée de violence?

VIOLENCES Des émeutes au Niger ont fait dix morts, des manifestations au Pakistan, en Algérie ont souligné l'opposition d'une partie des musulmans à la caricature de Mahomet publiée dans «Charlie-Hebdo»...

Oihana Gabriel
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A iamey dimanche 18 janvier,  Les manifestants de l'opposition, qui s'étaient rassemblés dimanche à Niamey malgré l'interdiction des autorités, se sont dispersés dans le calme, au lendemain d'émeutes anti-Charlie Hebdo qui ont fait cinq morts dans la capitale,
A iamey dimanche 18 janvier, Les manifestants de l'opposition, qui s'étaient rassemblés dimanche à Niamey malgré l'interdiction des autorités, se sont dispersés dans le calme, au lendemain d'émeutes anti-Charlie Hebdo qui ont fait cinq morts dans la capitale, — AFP

Depuis la publication mercredi du «Charlie Hebdo des survivants» qui mettait en une le prophète Mahomet, des manifestations contre l’hebdomadaire satirique ont éclaté dans plusieurs pays. Des drapeaux français brûlés à Dakar (Sénégal) vendredi, une manifestation à Sanaa, au Yemen samedi où certains brandissaient des banderoles «L’armée de Mahomet s’est réveillée». A Alger, certains manifestants ont détourné le «Je suis Charlie» en «Nous sommes tous des Mahomet». Mais c’est au Niger que les tensions se sont transformées en émeutes sanglantes. Vendredi, cinq personnes ont perdu la vie à Zinder, la deuxième ville du pays. Et samedi, Niamey a connu un déchaînement de violence: cinq personnes sont mortes, une dizaine d'églises et des commerces appartenant à des chrétiens ont été incendiés.

>> Violences au Niger: «La laïcité est un mot qui sonne creux pour les populations chrétiennes ou musulmanes à travers le monde», retrouvez l'analyse de Mathieu Pellerin, spécialiste du Sahel.

«Il n’y a pas de flambée anti-française»

Malgré la vigilance, le ministère veut rassurer les Français à l’étranger. «S’il arrive que la liberté de presse soit mal comprise par une partie de la population dans certains pays, il n’y a pas de flambée anti-française, assure une source diplomatique. Il n’y a pas eu des milliers de personnes qui ont brûlé notre drapeau. En revanche dimanche dernier, des manifestations massives ont montré le soutien du monde entier à la France.» Pour autant, dans un certain nombre de pays, outre le Niger, le ministère a adressé des recommandations aux résidents français et pris des mesures: un périmètre de sécurité est installé autour des ambassades, consulats, écoles, instituts français, l’accès est filtré par la police avec la coopération des autorités locales. Par ailleurs, les Consulats tiennent les Français à l’étranger informés par SMS ou mail si des violences éclatent.

Le site du Quai d’Orsay rappelle également quelques conseils pour les résidents au Niger: ne pas voyager de nuit, se montrer discret sur les dates, horaires et conditions du déplacement, éviter les quartiers excentrés en particulier de nuit. Sélectionner les hôtels, les restaurants et autres établissements de nuit les plus sécurisés.

Mais les tensions risquent tout de même de se prolonger. Dimanche, des milliers de personnes ont manifesté au Pakistan contre la publication cette nouvelle caricature de Mahomet, certains brûlant des drapeaux français et des effigies du président français ainsi que des dessinateurs de l'hebdomadaire satirique. Et des étudiants islamistes iraniens ont appelé à manifester lundi à 12h30 heure de Paris devant l'ambassade de France à Téhéran pour protester contre ce dessin.

«Les médias égyptiens dénoncent un humour "de la honte"»

Déjà en 2012, quand Charlie Hebdo avait publié des caricatures représentant le prophète, suscitant des violences dans certains pays, la polémique avait battu son plein: faut-il défendre le droit de la presse à publier ces caricatures ou protéger les Français à l’étranger et éviter les provocations? Les internautes qui ont répondu à l’appel à témoins de 20 Minutes, ne semblent pas s’inquiéter outre mesure. En revanche, la publication d’une nouvelle caricature de Mahomet à la une de Charlie Hebdo mercredi dernier fait débat. Mohamed, 25 ans, qui vit au Caire explique que «la situation en Egypte est plutôt calme, aucune manifestation n'est prévue pour le moment. Dans un contexte où des attentats à la bombe et voiture piégée font la une de la presse locale quotidiennement partout en Egypte depuis l'élection du président Al-Sisi, les Égyptiens préfèrent éviter les rassemblements. Par contre, les médias égyptiens restent sceptiques sur l'humour de Charlie Hebdo dénonçant un humour «de la honte» en caricaturant le Prophète Mahomet. L'Egypte combat le terrorisme, qui a fait plusieurs centaines de morts, depuis des mois, mais aucun dirigeant d'Etat n’est venu marcher dans les rues du Caire pour dénoncer ces actes de lutte contre le terrorisme.»

«Un manque de respect vis-à-vis des musulmans»

Pour André, 85 ans, qui habite Marrakech depuis 14 ans, cette caricature de Mahomet «est un manque de respect vis-à-vis des musulmans. Je suis pour la liberté d’expression et pour la tolérance. Je n’ai jamais acheté Charlie Hebdo et je ne l’achèterais jamais car ils provoquent la haine. Depuis quatorze ans, je vis en bonne harmonie avec les Marocains car je les respecte comme ils me respectent.»

Pour Emilie, 28 ans, résidante à Tokyo (Japon), pas d’inquiétude non plus. «Aux informations diffusées à la télévision  japonaise, pas de manifestation prévue ni de débordement. Au Japon, on se sent bien loin de toute  cette agitation et de ce mouvement anti-Charlie-Hebdo. Ce qui n’empêche pas le débat sur les caricatures de l’hebdomadaire satirique. «Certains journaux japonais ont refusé de montrer la couverture de Charlie Hebdo. Il est étonnant de voir que l’on parle «des attentats de Paris» sans citer Charlie Hebdo directement dans la presse écrite japonaise. Serait-ce là une manière finalement d’éviter toutes critiques vis-à-vis de Charlie Hebdo