Niger: Les manifs anti-«Charlie Hebdo» font 10 morts en deux jours

VIOLENCES Au moins huit églises chrétiennes ont été incendiées ce samedi à Niamey et l'ambassade de France avait appelé ses ressortissants à ne pas sortir...

20 Minutes avec AFP

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Les protestations s'amplifient au Niger après la publication d'une caricature de Mohamet en une de «Charlie Hebdo», le 17 janvier 2015.
Les protestations s'amplifient au Niger après la publication d'une caricature de Mohamet en une de «Charlie Hebdo», le 17 janvier 2015. — BOUREIMA HAMA / AFP

Cinq personnes sont mortes samedi à Niamey et cinq autres la veille à Zinder dans les violentes manifestations contre la caricature de Mahomet en Une de l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, a annoncé le président nigérien Mahamadou Issoufou, qui a aussi fait état d'une victime retrouvée «calcinée dans une église» samedi matin à Zinder.

«Ce qui s'est passé chez nous hier à Zinder et aujourd'hui à Niamey nous interpelle. Ces églises qui sont brûlées, pouvons-nous l'accepter ? De quel tort sont coupables les églises et les chrétiens du Niger ?», s'est interrogé Mahamadou Issoufou, dans un discours retransmis à la télévision nationale.

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Des voitures de police restaient stationnées devant la cathédrale et plusieurs autres édifices religieux de la rive gauche de la ville. Sur la rive droite, où les manifestants se sont aussi dirigés dans l'après-midi, «le calme est revenu» après «une journée d'enfer», a témoigné une habitante Maïmouna, ce qu'a confirmé Moussa, un riverain.

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Au moins huit églises chrétiennes ont été incendiées ce samedi à Niamey, où la contestation de la caricature de Mahomet publiée dans l'hebdomadaire français Charlie Hebdo s'étend dans plusieurs quartiers de la capitale, dont celui de la cathédrale après une première manifestation violente dans la matinée.

Les huit lieux de culte, pour la plupart des églises évangéliques, dont certaines siégeaient dans de petites villas sans aucun signe religieux distinctif, ont été brûlés sur la rive gauche de Niamey, selon le journaliste de l'AFP, qui a vu les manifestants se diriger vers la rive droite de la capitale, où il y a aussi de nombreuses églises.

Appel au calme

Des manifestations spontanées - pneus incendiés à des carrefours - se tenaient également à Maradi, une ville située entre Niamey et Zinder, la deuxième ville du Niger, où des manifestations anti-Charlie Hebdo ont déjà dégénéré en émeutes vendredi, faisant 4 morts et 45 blessés.

Face à ces débordements, une vingtaine d'oulémas, des théologiens musulmans, ont appelé au retour du calme dans les rues de la capitale. «N'oubliez pas que l'islam est contre la violence», a rappelé le prédicateur Yaou Sonna à la télévision publique.

Le correspondant de l'AFP à Niamey a recensé huit églises brûlées, pour la plupart des lieux de culte évangéliques, toutes sur la rive gauche du fleuve Niger. Certaines siégeaient dans de petites villas, sans aucune signe religieux distinctif. Des manifestants se dirigeaient samedi après-midi vers la rive droite de la capitale, où se trouvent d'autres églises.

Gourdins, barres de fer et pioches

Des nombreux bars, hôtels, débits de boisson ou commerces divers appartenant à des non-musulmans ou tenant enseigne pour des entreprises françaises, ont également été détruits. Une source sécuritaire dénombrait six groupes de 200 à 300 protestataires semant le chaos dans Niamey, armés de gourdins, de barres de fer ou de pioches.

En fin de matinée, un millier de jeunes s'étaient réunis près de la grande mosquée de Niamey, en dépit de l'interdiction du rassemblement par les autorités, aux cris de «A bas la France», «A bas Charlie Hebdo» ou encore «Allah Akbar» (Dieu est grand).

L'édifice avait été encerclé par quelques dizaines de policiers anti-émeute munis de casques et de boucliers, qui ont dispersé les manifestants à coup de gaz lacrymogènes. «On va tout casser. Nous protégeons notre prophète. Nous allons le défendre même au péril de notre sang», a déclaré un manifestant, une grosse pierre à la main.

Les violences se sont ensuite étendues à plusieurs autres quartiers du centre de la capitale, dont celui de la cathédrale, protégée par une centaine de policiers anti-émeute. «Ils n'ont pas eu le temps d'y mettre le feu», a confié un policier nigérien à l'AFP.

PMU saccagés et barricades

Plusieurs agences de l'entreprise française Pari mutuel urbain (PMU) et des kiosques publicitaires de l'opérateur téléphonique français Orange ont été saccagés. Des lambeaux des kiosques étaient utilisés comme matériau de barricades. «Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie», a déclaré à l'AFP un mécanicien chrétien ouest-africain, retranché dans son atelier avec ses ouvriers, tout en regardant à travers les orifices d'une fenêtre fermée des manifestants démolir un kiosque en face de son commerce.

L'ambassade de France à Niamey a invité ses ressortissants sur place à «éviter toute sortie» sur son site Internet, tandis que les membres de l'ONU étaient appelés à se tenir à l'écart de «tout attroupement» dans la capitale. Les autorités consulaires recensaient 1.648 Français installés au Niger fin 2013.

En fin d'après-midi ce samedi, aucun bilan sur d'éventuelles victimes n'était disponible et les officiels nigériens ne s'étaient pas encore exprimés.