Arabie Saoudite: Qui est Raef Badawi, dont la flagellation vient d'être reportée?

DECRYPTAGE Après avoir déjà subi 50 premiers coups de fouet vendredi dernier, ce blogueur saoudien devait une nouvelle fois être soumis à cette peine ce vendredi...

Bérénice Dubuc

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Ensaf Haidar (C),la femme du bloggeur saoudien Raef Badawi, condamné à 1.000 coups de fois en Arabie Saoudite, lors d'un rassemblement à Montréal, au Québec le 13 janvier 2015.
Ensaf Haidar (C),la femme du bloggeur saoudien Raef Badawi, condamné à 1.000 coups de fois en Arabie Saoudite, lors d'un rassemblement à Montréal, au Québec le 13 janvier 2015. — AFP PHOTO/CLEMENT SABOURIN

Cinquante coups de fouet. Après avoir déjà subi 50 premiers coups de fouet vendredi dernier, Raef Badawi ne subira pas ce vendredi la même peine. La flagellation a en effet été reportée pour raisons médicales, selon le secrétariat international d'Amnesty, basé à Londres. Qui est ce Saoudien et que lui est-il reproché? Réponses.

Qui est Raef Badawi?

Ce blogueur et militant des droits de l’homme saoudien a remporté en 2014 le prix Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse. Comme l’expliquait RSF à l’époque, le blogueur a créé en 2006 le site Liberal Saudi Network, un «réseau de discussions en ligne dont l’objectif est d’encourager les débats politiques, religieux et sociaux». Cela lui a valu en juin 2012 d’être arrêté pour violation de l’article 6 de la loi anti-cybercriminalité saoudienne, qui concerne tout traitement d’information allant à «l’encontre de l’ordre public, des valeurs religieuses, des morales publiques et de la vie privée».

Que lui est-il reproché?

Emprisonné depuis 2012, Raef Badawi a été condamné en juillet 2013 à sept ans de prison et 600 coups de fouet pour avoir violé les valeurs islamiques et propagé des valeurs libérales, selon RSF. Liberal Saudi Network avait également été fermé par les autorités. Le Saoudien a ensuite été définitivement condamné en mai 2014 à dix ans de prison, une amende d’1 million de riyals (227.500 euros)  et 1.000 coups de fouet à être répartis sur 20 semaines pour «insulte à l'islam», et pour avoir critiqué plusieurs dignitaires religieux -notamment le grand mufti, selon Human Rights Watch (HRW)-, la police religieuse et certains édits islamiques. La peine a été confirmée fin 2014 par la Cour d’appel de Riyad.

A-t-on des nouvelles de Raef Badawi?

Après la première séance de flagellation vendredi dernier, qui a duré une quinzaine de minutes devant une foule de fidèles après la prière devant la mosquée al-Jafali de Jeddah, Raef Badawi est «mal en point», comme l’a expliqué sa femme, très inquiète, à RFI jeudi. Ensaf Haidar, réfugiée au Québec avec ses trois enfants, craignait «que son mari ne puisse supporter physiquement une deuxième série de coups de fouet». L'état de santé du bloggeur inquiète en effet, la flagellation de ce vendredi ayant été reportée pour raisons médicales.

Comment a réagi la communauté internationale?

Les associations de défense des droits de l’Homme et de la liberté de la presse (RSF, Amnesty International, HRW…) se battent depuis 2012 pour obtenir la libération de Raef Badawi. «On parle beaucoup de liberté d'expression ces jours-ci: je suis Charlie Hebdo, je suis Raef Badaoui»», a indiqué la directrice générale de la section francophone d'Amnesty International Canada, Béatrice Vaugrante. Mais, concernant la liberté d'expression, «c'est bien de blâmer l'Iran, la Corée du Nord, mais ça serait bien aussi de blâmer l'Arabie saoudite qui décapite, qui fouette depuis des décennies.» Une pétition a d'ailleurs été déposée jeudi à l’ambassade d’Arabie Saoudite à Paris.

Plusieurs pays de l’Union européenne -et l'UE elle-même, mais pas la France- ont condamné cette flagellation, les États-Unis appelant eux à annuler cette punition «inhumaine» et «brutale» et  à réexaminer le dossier et la condamnation. Jeudi, le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a exhorté dans un communiqué le roi d'Arabie saoudite à offrir le pardon à Raef Badaoui, rappelant que la flagellation «est interdite par le droit international des droits de l'homme, notamment par la Convention contre la torture que l'Arabie saoudite a ratifié».