VIDEO. Le Qatar finance-t-il le terrorisme?

DECRYPTAGE Le nom de l’émirat revient souvent en France lorsqu’on évoque les sources de financement des groupes islamistes...

Bérénice Dubuc

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L'émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani à Doha le 9 décembre 2014
L'émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani à Doha le 9 décembre 2014 — Marwan Naamani AFP

«Le Qatar finance le PSG... et le terrorisme». Les supporters du club de Bastia ont été dans les premiers, la semaine dernière, à accuser, via une banderole, le petit émirat de soutenir les groupes terroristes.

Alors que l’heure était toujours à l’émotion après les attentats de Paris, quelques politiques ont en effet alimenté la polémique. Comme le vice-président du FN, Florian Philippot, qui a jugé qu’«il faut aller vers le financement» du terrorisme, en visant «le Qatar et l'Arabie saoudite avec lesquels nous avons de trop bonnes relations». D’autres, à l’instar de Nicolas Sarkozy ou Laurent Fabius, ont, eux, défendu ce «pays ami de la France».

«Le Qatar condamne très régulièrement depuis des années la violence sectaire d’obédience islamique», rappelle Nabil Ennasri, directeur de l’observatoire du Qatar et auteur de L'Enigme du Qatar (Editions Iris). Il a d'ailleurs fait de même mercredi. Mais son nom revient souvent en France lorsqu’on évoque les sources de financement des groupes et réseaux terroristes.

Un jugement un peu hâtif selon Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R): «Il n’est pas possible d’accuser le Qatar en tant qu’Etat, que gouvernement, de financer directement le terrorisme, comme l’organisation de l’Etat islamique (EI)», martèle-t-il. «Je suis catégorique: il n’y a pas de lien direct entre les deux aujourd’hui.»

«Voies détournées»

«Le Qatar ne finance pas le terrorisme», abonde Nabil Ennasri soulignant que l’émirat participe à la coalition contre l’EI en mobilisant son armée, sa chaine de télévision Al-Jazeera, et que même le chef religieux Youssef al-Qardaoui a condamné les actions du groupe. «Par ailleurs, le magazine de l’EI, Dabiq, tient dans sa dernière édition des propos injurieux, voire insultants à l’encontre de l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, qualifié de “valet des Américains“», ajoute le chercheur.

Alain Rodier précise cependant que «de l’argent provenant du Qatar a pu se retrouver dans les poches de l’EI par des voies détournées». Le Qatar s’est en effet rangé du côté de la rébellion sunnite contre le régime (alaouite, issu du chiisme) de Bachar al-Assad en Syrie, et «dans ce cadre, il a -comme la Turquie, les autres états du Golfe et même les pays occidentaux- financé “globalement“ cette rébellion. Parmi les rebelles, il est certain que l’EI a pioché dans le "pot commun".»

Donations

Le spécialiste du terrorisme ajoute que des enquêtes sont en cours, notamment aux Etats-Unis, pour vérifier si certains riches qataris (et saoudiens) ont effectué des «dons» à cette organisation ou à d’autres. De possibles donations qui sèment le trouble, comme l’avait déjà fait à l’été 2012 la livraison d’aide humanitaire et de fonds par le Croissant rouge qatari au nord Mali. L’aide humanitaire et financière, négociée sous l’égide du Haut-commissariat aux réfugiés, et confiée aux autorités djihadistes de la zone (Aqmi, Mujao, ...), avait «amené beaucoup de gens à se retourner contre le Qatar pour dire qu’il finançait le terrorisme», rappelle Alain Rodier.

«A l’heure actuelle, nous sommes encore dans l’émotionnel. Les accusations fusent en tous sens. Il faut analyser et ensuite seulement on pourra tirer des conclusions», dit-il. Par ailleurs, il ajoute qu’un «muslim bashing» ou «Qatar bashing» pourrait aussi être à l’œuvre derrière ces accusations. Nabil Ennasri juge lui aussi qu'il y a «en background une image dépréciée du Qatar depuis plusieurs années en France».