Chrétiens persécutés: «La Corée du Nord n'est plus seule dans la catégorie noire»

INTERVIEW Le directeur de l’ONG Portes ouvertes, Michel Varton, fait le bilan des persécutions à l’encontre des chrétiens sur l’année écoulée...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche
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Des chrétiens dans l'église  Saint-Joseph à Ankawa, dans le district d'Erbil, en Irak, le 15 août 2014.
Des chrétiens dans l'église Saint-Joseph à Ankawa, dans le district d'Erbil, en Irak, le 15 août 2014. — LE CAER VIANNEY/SIPA

Etre chrétien peut avoir un coût. En 2014, au moins 4.344 personnes ont ainsi payé de leur vie leur foi chrétienne, et au moins 1.062 églises ont été visées dans le but de les détruire, de les endommager ou de les fermer, selon l’ONG Portes ouvertes, qui publie ce mercredi son Index mondial de persécution. Etabli grâce aux 21 bureaux de l’organisation et surtout à son engagement sur le terrain dans 60 pays, le classement des 50 pays les plus hostiles au christianisme montre une aggravation des actes d’agression verbale, physique et matérielle envers la communauté chrétienne. Le directeur de Portes ouvertes, Michel Varton, en dit plus à 20 Minutes.

La Corée du Nord truste la première place, comme tous les ans depuis 2002. Qu’arrive-t-il aux chrétiens là-bas?

Quand un chrétien est découvert, il est tué ou envoyé dans un camp, et sa famille disparaît. Il existe bien une Eglise nord-coréenne mais elle est souterraine. Quant aux édifices religieux, il en existe deux mais ce sont des bâtisses factices dont le régime de Pyongyang se sert pour simuler sa tolérance lors des visites d’Occidentaux. Nous sommes en contact avec des réseaux sur place représentant quelque 70.000 chrétiens. Ils nous racontent que les croyants doivent cacher leur foi à leurs enfants et enterrer leur Bible dans le jardin.

La nouveauté de cet Index 2015, c’est toutefois que la Corée du Nord n’est plus seule dans la catégorie noire…

La Corée du Nord n'est plus seule en effet. Désormais, deux autres pays font partie de cette catégorie qui regroupe les pays où le simple fait de dire qu’on est chrétien entraîne la mort: la Somalie et l’Irak. En Somalie, les chrétiens sont décapités. En Irak, l’organisation de l'Etat islamique a encore durci son traitement des non-musulmans. Auparavant, le paiement d’une taxe suffisait à échapper à la mort. Selon des réfugiés que j'ai rencontrés en Kurdistan, maintenant, c’est la conversion ou la mort.

L’autre grand enseignement de l’Index, c’est que les persécutions se sont aggravées sur quatre continents…

Oui, la persécution n’augmente pas seulement au Moyen-Orient, comme tendent à le faire croire les médias. Sur les 50 pays que l’on suit, le nombre total de «points de persécution» que l’on attribue à chaque pays a augmenté de 5%, soit en moyenne de trois points par pays. Douze pays ont même vu leur score augmenter de six points, la plupart en Afrique sub-saharienne. En Asie, les choses semblaient aller mieux, mais les persécutions ont globalement augmenté, notamment en Chine, en Inde et au Vietnam. Idem en Amérique latine, en Colombie (Farc et narcotrafiquants) et au Mexique (narcotrafiquants, crime organisé et d’autres chrétiens). L’Europe figure enfin au classement par l’intermédiaire de la Turquie.

Comment expliquer, en particulier, que le nombre de meurtres ait doublé en un an, et même quadruplé en quatre?

Cela s’explique par une violence endémique dans certaines régions du monde. Trois pays concentrent près de 90% des assassinats de chrétiens en 2014: le Nigeria, où sévit la secte Boko Haram, la République centrafricaine, où les Seleka et les anti-balaka tuent des chrétiens, et enfin la Syrie, aux mains de Daesh. Mais cet indicateur de violences extrêmes n’est pas forcément le plus pertinent. Les persécutions ont des formes bien plus diverses.

Quels sont les mécanismes à l’œuvre dans la persécution des chrétiens?

Elle est le fait de gouvernements, comme en Chine, mais aussi de groupes, comme c’est le cas au Nigeria par exemple. Chaque pays est un cas différent. Souvent, deux ou trois mécanismes se combinent. Il s’agit de l’extrémisme islamiste, le plus fort, mais cela peut aussi être le nationalisme, les rivalités ethniques, l’oppression communiste (Laos), le totalitarisme, la corruption et le crime organisé, ou la lutte entre les Eglises elles-mêmes.