Non, Lei Feng, héros et modèle communiste chinois, n'était pas à l'honneur à West Point

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Une femme passe devant un portrait géant du héros-fétiche de la propagande maoïste, Lei Feng le 28 oçctobre 2004 dans son mémorial à Changsha, dans la province chinoise du Hunan
Une femme passe devant un portrait géant du héros-fétiche de la propagande maoïste, Lei Feng le 28 oçctobre 2004 dans son mémorial à Changsha, dans la province chinoise du Hunan — Frederic J. Brown AFP

Un ancien journaliste chinois a admis être tombé dans le panneau d'un «poisson d'avril» de la presse américaine, en ancrant l'idée durant 30 ans que Lei Feng, le «héros-modèle» communiste donné en exemple à des générations de Chinois, était à aussi l'honneur à l'académie militaire américaine de West Point.

Li Zhurun, retraité de l'agence officielle Chine nouvelle et professeur d'université aujourd'hui, a reconnu «l'une des belles bourdes de (sa) vie» sur son site de microblog de Sina Weibo: «A l'époque, j'étais jeune et j'ignorais que les médias occidentaux inventaient souvent des +informations+ pour le 1er avril», a-t-il écrit.

- «l'exemple à suivre» -

Héros-fétiche de la propagande maoïste, Lei Feng a été donné comme «l'exemple à suivre» aux Chinois de tous âges dès les années soixante; il resurgit plus ou moins régulièrement au gré des campagnes de reprise en main idéologique dans le pays.

Le 1er avril 1962, raconte le journaliste sur son blog, il tombe sur une dépêche d'une agence de presse américaine assurant que la plus prestigieuse académie militaire des Etats-Unis, West Point, avait elle aussi invité ses cadets à «suivre l'exemple» et «étudier» le héros maoïste, dont le portrait avait été installé en bonne place.

L'agence américaine, identifiée mardi comme UPI (United press international) par le China Daily, ajoutait que les cadets américains avaient dû aussi apprendre à chanter, comme des centaines de millions de Chinois, «Apprenons du bon exemple de Lei Feng».

En rapportant le plus sérieusement du monde ce poisson d'avril via l'agence officielle Chine nouvelle, le journaliste a ainsi instillé pour longtemps l'idée en Chine que Lei Feng était une célébrité internationale respectée.

A tel point qu'en 2009, un membre de la Conférence politique consultative du peuple chinois (CPCPC), l'une des principales institutions politiques chinoises, avait même cité l'honneur fait au héros maoïste par West Point pour appuyer sa demande que l'UNESCO reconnaisse «l'esprit de Lei Feng».

«A la fameuse (académie militaire de) West Point, le portrait de Lei Feng est l'un des cinq accrochés dans le hall, et le code de conduite de cadets de l'académie inclut la fameuse citation: +La vie humaine est limitée, mais servir le peuple n'a pas de limite+», avait déclaré ce délégué de la CPCPC, Liu Jianglong, cité par le Chongqing Morning Post.

Lei Feng, dont l'existence réelle est sujette à caution, aurait rejoint l'Armée populaire de libération (APL) en 1960 avant de mourir en août 1962 à 22 ans écrasé par un poteau télégraphique.

L'imagination des propagandistes du régime a fait ensuite de Lei Feng, toujours humble et «au service du peuple», tour à tour un garde-frontière invincible, un ouvrier «stakhanoviste» pulvérisant les records de production de charbon, un excellent camarade se levant la nuit pour laver les chaussettes de ses voisins de chambrée et, surtout, un lecteur assidu du «petit livre rouge» où il puisait constamment son inspiration en apprenant par coeur les citations du président Mao.

Le journaliste retraité dit avoir découvert son erreur en 1997 dans un magazine, mais «avoir toujours voulu saisir l'occasion de (la) rectifier à plus grande échelle».