Attentats de Boston: Le procès Tsarnaev rouvre les plaies

TERRORISME Deux bombes avaient explosé sur la ligne d’arrivée du marathon, en avril 2013...

Nicolas Beunaiche

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Djokhar Tsarnaev, suspect des attentats du marathon de Boston, lors de la dernière audience préparatoire de son procès, le 18 décembre 2014.
Djokhar Tsarnaev, suspect des attentats du marathon de Boston, lors de la dernière audience préparatoire de son procès, le 18 décembre 2014. — Jane Flavell Collins/AP/SIPA

Comme tous les procès, celui de Djokhar Tsarnaev ne devrait pas échapper au paradoxe bien connu des salles d’audience: en même temps qu’ils pansent les plaies, ils ravivent également les émotions des victimes. Lundi, c’est dans une atmosphère très chargée que devrait donc s’ouvrir le procès de celui qui est accusé, avec son frère, d’avoir fait exploser deux bombes sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston, en avril 2013. Ces attentats avaient fait trois morts et 264 blessés, soit le bilan le plus grave aux Etats-Unis depuis le 11-Septembre.

Le 18 décembre, la dernière audience préparatoire avait donné un avant-goût du poids émotionnel de l’affaire. Alors que des pro-Tsarnaev manifestaient devant le tribunal, une victime des attentats avait brandi sa jambe artificielle en direction de deux individus arborant des pancartes mettant en doute l'enquête officielle. Une femme avait également hurlé, en russe, son soutien à l’accusé, à la fin de l’audience. Depuis, les avocats du jeune Américain d’origine tchétchène, âgé désormais de 21 ans, ont demandé que la demi-douzaine de protestataires ne soient plus autorisés aux abords du tribunal.

Pas de délocalisation

Mais les trois mois que devrait durer le procès n’en seront pas apaisés pour autant. Dans le public, Tsarnaev devra en effet faire face aux victimes des attentats, même si toutes n’ont pas souhaité se déplacer, de peur de rouvrir des blessures qui ont mis du temps à cicatriser, ou d’aggraver celles qui ne se sont jamais vraiment refermées. Interrogés par le Boston Globe, les hommes et femmes qui seront bien présents espèrent en tout cas une chose: que le procès soit le plus rapide possible.

Cela dépendra en partie du talent de Judi Clarke, l’une des avocates de Djokhar Tsarnaev. Le benjamin de la fratrie, dont l’aîné, Tamerlan, est mort quelques jours après les attentats, risque la peine capitale. Or sa représentante est connue pour avoir évité la mort à plusieurs de ses clients, dont l'auteur des attentats d'Atlanta en 1996, Eric Rudolph, et Ted Kaczynski, un mathématicien survivaliste qui, entre 1978 et 1995, avait envoyé une série de colis piégés à des universités et compagnies aériennes. Pour y parvenir, il lui faudrait obtenir, avant la fin du procès, un accord avec les procureurs, qui n’y semblent toutefois pas disposés pour le moment, conformément aux attentes d’une grande partie des victimes. S'ils faisaient ça, «ce serait une claque dans la figure», explique ainsi à l’AFP Liz Norden, dont les deux fils ont été amputés.

Lundi, il s’agira dans un premier temps de sélectionner les jurés. De commencer la sélection tout du moins, puisque ce préalable pourrait à lui seul prendre plusieurs semaines. Défense et accusation doivent se mettre d’accord sur la désignation de douze jurés et six remplaçants, parmi les 1.200 personnes contactées ces dernières semaines. Signe de la tension qui règne autour de ce procès, le processus a déjà suscité la polémique. Les avocats de Tsarnaev ont demandé la délocalisation du procès au motif qu’il serait impossible d’avoir un jury impartial à Boston. Refusé par le juge. Une manière de dire à la défense qu’elle devra composer avec l’émotion qu’ont causée les attentats dans cette ville du Massachusetts.