Cuba: pour l'artiste Tania Bruguera, La Havane a donné «une leçon d'intolérance»

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L'artiste cubaine Tania Bruguera à La Havane le 31 décembre 2014
L'artiste cubaine Tania Bruguera à La Havane le 31 décembre 2014 — Adalberto Roque AFP

L'artiste cubaine Tania Bruguera a qualifié, dans un entretien à l'AFP, de «leçon d'intolérance» l'arrestation mardi par le régime castriste de 51 dissidents pour empêcher la tenue à la Havane d'une «tribune publique» ouverte à tous les Cubains désireux de s'exprimer.

Ces arrestations ont causé le premier différend diplomatique avec les États-Unis depuis l'annonce historique, le 17 décembre, du rapprochement entre les deux pays.

Finalement, «le gouvernement a réalisé la performance à ma place (...), il en a changé le sens et en a fait une leçon d'intolérance (...) et tout ce qu'il a fait, c'est de créer le chaos», a-t-elle déclaré dans un entretien réalisé jeudi.

L'artiste plastique de 46 ans projetait d'organiser mardi cette «tribune publique» place de la Révolution, cœur politique de Cuba, en présence de nombreux dissidents, mais la plupart d'entre eux ont été arrêtés ou assignés à domicile.

Arrêtée à deux reprises mardi et mercredi, puis relâchée, elle fait désormais face à une «procédure légale», et est accusée d'avoir voulu organiser une «performance (qui) avait pour objectif d'inciter au désordre public» et d'avoir opposé «résistance à la police».

Tania Bruguera, qui partage sa vie entre Cuba, la France et les États-Unis, doit pour l'instant rester sur l'île, les autorités cubaines lui ayant confisqué son passeport.

Se définissant comme une «femme de gauche», elle nie que sa performance ait été «une provocation» ou que, derrière cette initiative, se trouve «une quelconque entreprise américaine».

«Je ne suis pas non plus une agent de la CIA», a-t-elle ajouté. «L'idée était de mettre sur la place publique des microphones, pour que puissent parler tous les Cubains qui le souhaitent, sur les moments que nous sommes en train de vivre».

«Pourquoi ne peuvent-ils avoir confiance dans le fait qu'il y ait un Cubain pouvant avoir, dans un moment comme celui-ci, une réponse enthousiaste, et qui dise +moi aussi je veux faire partie de ce changement+?», a-t-elle regretté. «Je ne m'attendais vraiment pas à cette réaction (...) et je ne comprends pas pourquoi ils ont peur».

A Washington, le département d’État a condamné «la poursuite (...) du harcèlement et le recours répété aux interpellations arbitraires, parfois violentes, pour faire taire les critiques».