La Turquie décidée de jouer en «première division» européenne

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Des supporters du Parti de la justice et du développement (AKP) turc agitent des drapeaux turcs et européens à l'arrivée du Premier ministre Erdogan à l'aéroport d'Istambul le 18 décembre 2004
Des supporters du Parti de la justice et du développement (AKP) turc agitent des drapeaux turcs et européens à l'arrivée du Premier ministre Erdogan à l'aéroport d'Istambul le 18 décembre 2004 — Mustafa Ozer AFP

La Turquie est «à 100%» décidée à intégrer l'Union européenne (UE) afin de jouer dans «la première division» malgré le coup de froid provoqué par la vague d'arrestation visant des médias d'opposition turcs, a déclaré à l'AFP un conseiller du gouvernement d'Ankara.

Les aspirations turques de rejoindre l'UE ont subi un revers après la rafle policière opérée à la mi-décembre dans les milieux liés au rival politique d'Erdogan, l'imam Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis.

L'enquête a été dénoncée par Bruxelles comme un coup porté à la liberté de la presse en Turquie et la virulente contre-attaque de M. Erdogan a suscité des doutes sur les ambitions du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir à Ankara, de garder le cap européen.

Etyen Mahcupyan, un intellectuel turco-arménien conseiller en chef du Premier ministre Ahmet Davutoglu, a néanmoins exclu toute déviation.

«L'AKP souhaite absolument, à cent pour cent, adhérer à l'UE et démontrer sa puissance en Europe», a-t-il dit lors d'un entretien.

«Enthousiaste et confiant, Erdogan ne peut pas rêver d'une Turquie qui joue en deuxième division. Il veut jouer dans la première division», a-t-il dit.

M. Mahcupyan a critiqué l«incapacité» de l'Occident à comprendre la guerre menée par le régime islamo-conservateur contre le mouvement Gülen que l'homme fort de Turquie accuse d'avoir orchestré un complot pour le renverser quand il était Premier ministre, de 2003 à 2014. M. Erdogan a été élu président en août.

- Hiérarchie dans l'Etat -

M. Erdogan n'a de cesse de répéter que les partisans de Fethullah Gülen dans la police et la magistrature sont à l'origine d'un vaste scandale de corruption qui a ciblé sa personne et son entourage politique à l'hiver 2013, promettant d'anéantir ce qu'il appelle l'«Etat parallèle».

Il a jusqu'à présent procédé à des purges dans la fonction publique tandis que la justice turque a émis un mandat d'arrêt contre M. Gülen, 73 ans, qui dirige un mouvement qui a des intérêts dans les médias et les finances.

«Il est très clair que la confrérie Gülen a tenté de renverser le gouvernement», a affirmé M. Mahcupyan, ajoutant que c'était une initiative «avortée».

D'après le conseiller, la mouvance a mis sur pied une «hiérarchie» dans les institutions clés de l'Etat, avec un «groupe de base» de 5.000 à 10.000 personnes - sur trois millions de sympathisants du mouvement - qui a imaginé le «coup d'Etat».

«Pour autant que je peux voir, Tayyip Erdogan et l'AKP tentent d'expliquer cela autant que possible afin de convaincre (la majeure par», dit-il.

Critiqué en Turquie et à l'étranger pour des mesures controversées renforçant son autorité, M. Erdogan a exhorté l'Europe à se «mêler de ses affaires» et ne pas avoir de «leçon de démocratie» à recevoir.

M. Mahcupyan a comparé l'AKP d'Erdogan à une «pendule balançant entre autoritarisme et démocratie», indiquant que le parti avait penché pour des mesures plus autoritaires chaque fois qu'il voyait une menace pour sa survie.