Un adolescent de 16 ans risque la prison pour avoir critique le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Un adolescent de 16 ans risque la prison pour avoir critique le président turc Recep Tayyip Erdogan. — Adem Altan AFP

POLEMIQUE

Turquie: Libération d'un mineur écroué pour «insulte» à Erdogan

Mehmet Emin Altunses, 16 ans, n'est pas sorti d'affaire pour autant. Pour avoir qualifié le président turc de «chef du vol, des pots-de-vin et de la corruption», il risque quatre ans de prison...

Un lycéen de 16 ans qui a été inculpé et incarcéré mercredi à Konya (centre de la Turquie), pour «insulte au président» Recep Tayyip Erdogan, a été libéré vendredi à la suite d'une plainte déposée par ses avocats, ont rapporté les médias turcs.

Son arrestation, une première pour un mineur pour ces motifs, a soulevé de vives critiques de l'opposition qui a dénoncé la «dérive fascisante» du régime islamo-conservateur ainsi qu'une levée de boucliers sur les réseaux sociaux.

«Le chef du vol, des pots-de-vin et de la corruption»

Le jeune homme, Mehmet Emin Altunses, a retrouvé ses parents qui l'attendaient devant le palais de justice de cette ville, bastion islamiste, a précisé la chaîne d'information CNN-Türk. Ses avocats avaient déposé mercredi une requête devant le tribunal qui l'avait entendu et inculpé la veille, réclamant qu'il puisse comparaître comme prévenu libre à son procès dont la date n'a pas encore été fixée.

Membre d'un mouvement de gauche, l'adolescent est accusé par la justice d'avoir publiquement accusé mercredi l'homme fort de Turquie d'être «le chef du vol, des pots-de-vin et de la corruption».

Il risque 4 ans de prison

Interpellé par la police à son école et immédiatement présenté à la justice dans le cadre d'une procédure expéditive, le lycéen a plaidé non coupable, et son avocat a rappelé que ces accusations circulaient librement sur les réseaux sociaux, mais cela n'a pas empêché son incarcération. Il risque jusqu'à quatre ans de prison.

Par ailleurs, trois lycéens qui manifestaient leur soutien au jeune incarcéré ont été interpellés jeudi mais n'étaient pas inculpés pour l'heure.

Un gouvernement décrié pour «dérive autoritaire» et «islamiste»

Le gouvernement turc, dirigé de 2003 à août 2014 par Recep Tayyip Erdogan ensuite élu président, a été visé lors de l'été 2013 par une contestation populaire inédite pour sa «dérive autoritaire» et «islamiste».

Un vaste scandale de corruption a fait trembler ensuite le pouvoir à l'hiver 2013-2014, une affaire qui a été par la suite classée par la justice au grand dam des critiques. Recep Tayyip Erdogan accuse son ex-allié, devenu son ennemi numéro 1, l'imam en exil Fetullah Gülen, d'avoir orchestré ce scandale pour le renverser.