Syrie: 300 sites historiques détruits ou endommagés par la guerre

PATRIMOINE Depuis le début de la guerre en Syrie, près de 300 sites culturels, historiques ou religieux auraient été détruits, endommagés ou pillés...

20 Minutes avec agences

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Un habitant d'Alep sur le site d'un immeuble détruit par des raids aériens, en Syrie, le 13 juin 2014
Un habitant d'Alep sur le site d'un immeuble détruit par des raids aériens, en Syrie, le 13 juin 2014 — Baraa Al-Halabi AFP

Terre de multiples civilisations, des Cananéens aux Ottomans, la Syrie regorgeait de trésors datant des époques romaine, mamelouk et byzantine, avec des mosquées, des églises et des châteaux croisés. Mais depuis que le pays a sombré dans un brutal conflit armé, ce riche patrimoine a été mis à sac par tous les belligérants -régime, rebelles, djihadistes- et même par les habitants.

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Selon l'ONU, qui se base sur des images satellitaires, près de 300 sites d'une valeur inestimable pour l'Humanité ont été détruits, endommagés ou pillés en trois ans de guerre. «Des régions comme Alep, où les traces de peuplement remontent à 7.000 ans, Damas, le Krak des Chevaliers, Raqa et Palmyre ont subi d'importants dégâts», affirme l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar).

 

Six sites inscrits au patrimoine mondial

Grâce à son Programme opérationnel pour les applications satellitaires (Unosat), cet institut a analysé 18 zones, où il a repéré 24 sites détruits, 104 ayant subi des dégâts importants et 84 des dommages partiels tandis que 77 autres sont probablement ravagés. C'est «triste pour la Syrie et pour le monde. L'Humanité est en train de perdre des milliers d'années de patrimoine», a affirmé Einar Bjorgo, le directeur de l'Unosat.

Pour l'Unitar, il faut sans tarder «redoubler d'efforts pour sauver le plus possible cet important patrimoine de l'Humanité». Parmi les 18 zones citées, six sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco: les vieilles villes d'Alep (nord), de Bosra (sud) et de Damas (centre), les Villes mortes du nord, le Krak des Chevaliers (centre) et Palmyre (est).

Des minarets et des mosquées pulvérisés

Et à Alep, l'ex-capitale économique de la Syrie, le minaret seljoukide de la Mosquée des Omeyyades datant du XIe siècle s'est effondré et le célèbre hôtel Carlton a été pulvérisé, laissant la place à un énorme cratère.

 

L'ONU ne désigne pas les responsables, mais selon Cheikhmous Ali, directeur de l'Association pour la protection de l'archéologie syrienne (Apsa), «chaque fois que régime et rebelles s'emparaient de la Mosquée, ils postaient un tireur embusqué dans le minaret qui finalement a été touché par un raid». Il rappelle que le souk d'Alep, le plus grand couvert au monde, est aussi sérieusement endommagé.

EI pointé du doigt

Dans l'oasis de Palmyre (Tadmor en arabe), célèbre pour sa colonnade romaine, les images montrent qu'une route a été ouverte par l'armée dans la nécropole, endommageant plusieurs tombeaux. A Raqa, bastion du groupe extrémiste Etat islamique (EI), une grande partie du mausolée soufi d'Ouwaiss al-Qarani et Ammar Ben Yasser a été détruit. Des ONG ont pointé du doigt l'EI qui considère la pensée soufie comme renégate.

Dans la région de Hassaka (nord-est), l'EI a détruit des statues assyriennes du 1er millénaire, d'après M. Ali. Et à Doura Europos, la «Pompéi du désert», «le site est devenu méconnaissable en raison du pillage», indique l'institut, images à l'appui. Des statues, des poteries et des perles byzantines y ont été subtilisées, selon Apsa.

Pire qu'en Irak

En outre, Apamée (centre), joyau archéologique romain célèbre pour son cardo maximus (l'axe principal de la ville), a été largement pillé. Apsa y a répertorié 14.000 trous de fouilles sauvages, précisant que 18 mosaïques volées avaient été saisies au Liban.

 

«Le danger en Syrie est pire que ce qu'a connu l'Irak. Ici, les sites sont transformés en casernes militaires ou en champs de bataille», se désole Cheikhmous Ali. Tandis que dans les Villes mortes, ce sont des «déplacés qui ont cassé des pierres anciennes pour se contruire des maisons». «C'est une catastrophe, une perte inestimable», conclut l'expert.