Epidémie d'Ebola: «Les foyers se sont multipliés avec une intensité moins forte»

INTERVIEW Un an après le premier malade d’Ebola, Hugues Robert, responsable des programmes urgence à MSF, fait le point sur la situation en Afrique de l’Ouest...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Des employés de Médecins sans Frontières (MSF) s'habillent le 18 octobre 2014 dans le centre de traitement de l'épidémie d'Ebola, à Monrovia
Des employés de Médecins sans Frontières (MSF) s'habillent le 18 octobre 2014 dans le centre de traitement de l'épidémie d'Ebola, à Monrovia — Zoom Dosso AFP

Il y a un an, le 26 décembre 2013, le «patient zéro», c’est-à-dire le premier cas d’Ebola, est tombé malade dans le village reculé de Meliandou, en Guinée. Depuis, la maladie a fait 7.518 morts sur 19.340 cas enregistrés, et l’épidémie persiste. Etat des lieux de la situation en Afrique de l’Ouest avec Hugues Robert, responsable des programmes urgence au sein de l'ONG Médecins sans frontières.

Quelle est la situation dans les pays les plus touchés?

Les situations sont différentes, notamment selon la réaction et la mobilisation des populations. Ainsi, en Guinée, la situation n’est toujours pas stabilisée même si le pays est loin derrière les deux autres en termes de chiffres absolus. Et il y a toujours une grande méfiance, donc des entraves à la prise en charge des malades et au déploiement des équipes soignantes. Le fait que l’impact de l’épidémie est moins violent dans ce pays explique peut-être aussi que les gens soient moins conscients du fait que le virus est là.

Et au Liberia et au Sierra Leone?

Au Liberia, après une flambée des cas en août et septembre – dans la capitale et dans des zones rurales périphériques —, il y a maintenant une baisse du nombre de cas globaux et dans certaines zones, (Lofa, Foya), il n’y a même plus de cas actifs. On voit que c’est possible, mais dans de nombreuses zones, beaucoup de foyers sont dans des endroits difficiles d’accès, et l’épidémie continue.

Quant au Sierra Leone, qui a dépassé le Liberia en nombre de cas, il y a eu une flambée importante des infections dans la capitale et l’ouest du pays, alors qu’il n’y a presque plus de cas dans les zones de foyers initiaux, près de la frontière avec la Guinée. Nous sommes donc obligés de nous redéployer au centre et à l’ouest du pays.

Ces redéploiements sont-ils une nouveauté?

C’est un nouveau défi: alors qu’avant on combattait 2-3 foyers très intenses, les foyers se sont multipliés avec une intensité moins forte. Nous devons ajuster rapidement notre réponse face à cette nouvelle donne. Mais cette dynamique est plus difficile à mettre en œuvre et à coordonner, d’autant plus que nous manquons de ressources qualifiées.

Depuis un an, des personnels médicaux très expérimentés sont partis sur ces missions, certains jusqu’à quatre fois, et ont maintenant besoin de faire une pause. Ce turnover a un impact sur les différentes structures, où nous avons du mal à maintenir un nombre suffisant de personnels qualifiés. C’est pour cela que nous ne pouvons pas ouvrir des structures comme des petits pains. Au Sierra Leone par exemple, nous avons pu ouvrir deux structures en récupérant les personnels là où le nombre de cas avait baissé.

Pensez-vous que la fin de l’épidémie est proche?

La situation s’améliore, mais personne ne sait ce qui va se passer. Pour l’instant, nous n’avons pas de vision claire, et il est possible qu’à l’avenir, il y ait des soubresauts de contamination et des foyers infectieux persistants. Il est certain qu’un vaccin fonctionnel permettrait d’aider à circonscrire l’épidémie, en plus des autres mesures déjà mises en œuvre. 

Mais, si l’épidémie devait se poursuivre encore, il deviendra urgent de remettre en route les structures de santé préexistantes en les rendant sûres pour les personnels et les patients. Car les pathologies non soignées, mais aussi la chute de la couverture vaccinale peuvent encore aggraver la situation sanitaire: si d’autres épidémies (choléra, rougeole…) se déclaraient, cela sera encore plus compliqué à gérer.