Les deux otages français «en bonne santé»

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Les deux humanitaires français enlevés mardi dans le sud-ouest de l'Afghanistan sont «en bonne santé» et détenus sur une base des talibans en attendant qu'une décision soit prise sur leur sort, a affirmé samedi à l'AFP un porte-parole des talibans.

Plus tôt dans la matinée, les autorités locales – qui soupçonnent au moins un de leurs trois accompagnateurs afghans d'être impliqué dans le rapt – avaient confirmé que les deux Français avaient été enlevés par les talibans, ont confirmé samedi .

«Selon des rapports des services de renseignement, ils ont été enlevés et transférés du district de Khash Rod (nord de la province de Nimroz) dans la province voisine d'Helmand», dont plusieurs régions sont sous le contrôle des talibans, a affirmé par téléphone à l'AFP le gouverneur Ghulam Dastgir Azad.

Le rapt des deux volontaires français, un homme et une femme, de l'ONG Terre d'enfance et de leurs trois accompagnateurs afghans avait été revendiqué sans preuve mercredi par les talibans.

Les rebelles n'ont cependant présenté jusqu'à présent aucune revendication ni divulgué les identités de leurs otages, enlevés sur la route reliant la province de Nimroz à celle, plus au nord, de Farah. Quelque 200 policiers avaient été déployés dans le district de Khash Rod, jouxtant les provinces de Farah et d'Helmand, pour tenter de les retrouver.

«La plupart de nos hommes sont rentrés et l'opération a été suspendue. Les policiers ont fouillé de nombreuses maisons suspectes mais n'ont rien trouvé dans la région. Car ils (les otages) ne sont plus à Khash Rod», a dit M. Azad.

Le chef de la police de Nimroz, Mohammad Daud Askaryar, a déclaré à l'AFP qu'au moins un des accompagnateurs afghans était soupçonné «d'être impliqué dans l'enlèvement» des Français qui étaient vêtus à l'afghane, burqa pour elle et turban pour lui.

Leur interprète à Zaranj, capitale de Nimroz, près de la frontière iranienne, est pour sa part «détenu pour être interrogé», a-t-il dit sans autre précision. L'ambassade de France à Kaboul s'est refusée à tout commentaire.

Rompant la veille son silence sur cette affaire, l'ONG française avait appelé à la «libération rapide» de ses employés, soulignant que «la revendication, par un porte-parole d'un groupe taliban, de leur enlèvement plongeait toute l'association dans l'inquiétude et l'incompréhension».

Les deux Français et huit collègues afghans géraient des projets éducatifs à Zaranj. Très peu d'expatriés travaillent pour des ONG dans le sud du pays, épicentre de l'insurrection des talibans et principale région productrice d'opium au monde. La force de l'Otan mène depuis un mois une vaste offensive dans le nord de la province d'Helmand.

L'enlèvement des Français est survenu deux semaines après la libération du reporter italien Daniele Mastrogiacomo, qui avait été capturé dans la province d'Helmand et échangé par les talibans contre cinq militants prisonniers. Cet échange a été vivement critiqué par Washington et Londres, qui craignaient qu'il n'incite les talibans à multiplier les enlèvements.

Les talibans détiennent toujours en otage l'interprète afghan de Daniele Mastrogiacomo, Adjmal Naqshbandi, et ont enlevé près de Kandahar (sud) le 27 mars une équipe médicale de cinq Afghans pour lesquels ils exigent aussi la libération de certains de leurs militants.

Les talibans, qui avaient décapité le chauffeur du reporter italien, menacent de tuer Naqshbandi si leurs revendications ne sont pas respectées d'ici lundi, selon le quotidien italien «La Repubblica».

Le président afghan Hamid Karzai a toutefois souligné vendredi qu'il n'y aurait plus d'échange de prisonniers avec les talibans. «Il n'y aura plus d'accord de la sorte avec personne, ni avec aucun autre pays», a-t-il assuré.