Tunisie: Des djihadistes ralliés à Daesh revendiquent le meurtre de 2 opposants

MONDE Un Franco-Tunisien a notamment participé à l'assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi...

M.P. avec AFP

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Image téléchargée du site jihadiste Welayat Salahuddin le 14 juin 2014 montrant des militants du groupe Etat islamique à bord de véhicule dans un endroit non identifié dans la région de Salaheddine, en Irak
Image téléchargée du site jihadiste Welayat Salahuddin le 14 juin 2014 montrant des militants du groupe Etat islamique à bord de véhicule dans un endroit non identifié dans la région de Salaheddine, en Irak — Welayat Salahuddin

Des djihadistes ralliés au groupe Etat islamique (EI) ont pour la première fois revendiqué l'assassinat de deux opposants anti-islamistes tunisiens en 2013, en menaçant d'autres violences à quelques jours d'une présidentielle historique en Tunisie. «Oui tyrans, c'est nous qui avons tué Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi», dit dans une vidéo postée jeudi un jihadiste identifié comme Abou Mouqatel.

Un djihadiste né à Paris dans le viseur

Le ministère tunisien de l'Intérieur a confirmé à l'AFP qu'Abou Mouqatel était Boubaker El Hakim, un Franco-tunisien recherché pour son implication dans les assassinats, en février et juillet 2013, de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Franco-Tunisien né à Paris le 1er août 1983, Boubaker El Hakim avait été condamné en mai 2008 à sept ans de prison ferme, assortis d'une période de sûreté des deux tiers. Remis en liberté en janvier 2011, il ne fait depuis lors l'objet d'aucune enquête en France. Considéré comme l'un des principaux organisateurs d'une filière djihadiste vers l'Irak où il s'était rendu pour combattre, ce djihadiste s'était illustré en appelant dans plusieurs reportages réalisés en Irak par des médias français ses «frères» du quartier populaire de Paris où il vivait, à le rejoindre. Il est aussi le suspect n°1 de l'assassinat de Brahmi.

Dans la vidéo, tournée dans un lieu non identifié, le djihadiste est entouré de trois autres hommes en uniforme de combat et portant des armes, des bannières noires jihadistes flottant derrière eux.

«Nous allons revenir et tuer plusieurs d'entre vous. Vous ne vivrez pas en paix tant que la Tunisie n'appliquera pas la loi islamique», a menacé Abou Mouqatel, en appelant les Tunisiens à «prendre les armes» et à prêter allégeance à l'EI, un groupe ultraradical qui sévit en Syrie et en Irak.

Crise politique en Tunisie

«Mon message aux tyrans de Tunisie et à leurs soldats: entre nous il (n)'y a (que) les armes», a poursuivi le djihadiste. «Le ministère de l'Intérieur et les Tunisiens sont plus forts que ces terroristes. Ils ne représentent rien pour nous», a réagi le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui.

C'est la première fois que les assassinats des deux opposants, attribués par les autorités tunisiennes aux djihadistes, sont revendiqués. Chokri Belaïd, un farouche critique des islamistes d'Ennahda alors au pouvoir, a été assassiné devant chez lui le 6 février 2013 à Tunis. Le 25 juillet de la même année, c'est Mohamed Brahmi, un député nationaliste de gauche également opposant aux islamistes, qui est criblé de balles, lui aussi devant son domicile dans une banlieue de Tunis.

Ces violences ont plongé la Tunisie dans une profonde crise politique, conduisant les islamistes d'Ennahda à quitter le gouvernement et à céder la place à un cabinet de technocrates.