Le pape François, l'autre artisan de la réconciliation entre les Etats-Unis et Cuba

DIPLOMATIE Même Barack Obama a rendu hommage à son rôle crucial dans une opération qui devrait renforcer le poids du Vatican sur la scène mondiale...

M.P. avec AFP
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Le pape François, le 17 décembre 2014 au Vatican
Le pape François, le 17 décembre 2014 au Vatican — Alberto Pizzoli AFP

C’est l’autre artisan du rapprochement historique entre les Etats-Unis et Cuba, dont l’Histoire se souviendra. Le pape François et le Vatican ont joué un rôle d’intermédiaire crucial dans cette opération diplomatique, un rôle salué par Barack Obama en personne.

Le pape a ainsi lancé un appel personnel à la détente à Barack Obama, dans une lettre cet été, et séparément à Raul Castro, et le Vatican a accueilli des délégations des deux pays pour finaliser le rapprochement, a expliqué un responsable américain. «Et cela a renforcé l'impulsion et l'élan pour aller de l'avant», explique ce responsable.

Les discussions directes entre Washington et Cuba ont été autorisées par Barack Obama au printemps 2013, et la première rencontre a eu lieu au Canada en juin 2013. Les deux parties ont poursuivi leurs discussions jusqu'en novembre dernier qui ont été finalisées lors d'une réunion accueillie par le Vatican entre les délégations des deux pays.

Le Vatican renforce son poids

Ce nouveau succès du pape argentin renforce son poids au sein du Vatican, et celui du Vatican sur la scène mondiale. Il permet à la diplomatie de l’un des plus petits Etats du monde de retrouver la visibilité qu'elle avait avec Jean Paul II, au moment de la chute du Rideau de fer.

Le premier pape latino-américain de l'histoire suivait de près le dossier cubain depuis son élection en mars 2013, après les voyages à la Havane de ses deux prédécesseurs Jean Paul II (en 1998) et Benoît XVI (en 2012). Tous deux avaient choisi le pragmatisme en ne refusant jamais le dialogue avec le régime communiste. Le présent succès de la diplomatie vaticane est le fruit d'une longue médiation du Saint-Siège et de l'Eglise cubaine dans le récent processus de démocratisation sur l'île.

Secrète et silencieuse, la diplomatie du Vatican n'a jamais cessé d’œuvrer, le réseau diplomatique des nonces étant un des plus étendus du monde. Mais avec le pape théologien Benoît XVI, plus en retrait, moins médiatique, et avec des prises de parole moins fortes, cette diplomatie avait quelque peu perdu de sa vigueur.

Il a déçu mais il pourrait retrouver de la vigueur

Toutefois, à la différence de Jean Paul II, le pape François ne revendique pas ouvertement un rôle politique mais se considère comme un pasteur. Il a souvent expliqué qu'il entend poser des gestes et lancer des appels au dialogue, à la paix et à la négociation, mais ne veut pas s'immiscer dans la résolution des conflits, qui n'est pas, insiste-t-il, de son ressort. Il avait fait en mai le geste spectaculaire de prier devant le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens: un moment provocateur visant à faire évoluer les esprits.

Mais François a parfois déçu pour la prudence de ses interventions sur plusieurs fronts: en Syrie, il n'a jamais condamné nommément les exactions du régime de Assad, soutenu par une majorité des chrétiens du pays. En Irak, il a multiplié les appels à la paix, restant cependant sur une position ambiguë vis-à-vis des frappes aériennes contre l'organisation Etat islamique (EI). En Corée du Sud, en août, il n'a pas dénoncé la dictature de la Corée du Nord, comme l'aurait sans doute fait un Jean Paul II, jugeant qu'une condamnation explicite pouvait mettre en danger les chrétiens du Nord et une réunification future. Enfin, il a semblé aussi ne pas vouloir mécontenter la Chine en ne recevant pas le dalaï-lama la semaine dernière à Rome.

Mais, fort de sa popularité et de son prestige renforcé par ce succès sur le continent américain, le pape argentin pourrait désormais se monter plus audacieux et permettre à sa diplomatie de sortir plus à découvert.