Madagascar: Pour enseigner aux élèves handicapés, Germaine est à bonne école

REPORTAGE Handicap International forme des enseignants malgaches à la prise en charge d’élèves handicapés. Une réussite dont témoigne Germaine, maitresse d’une classe d’enfants lourdement handicapés…

Delphine Bancaud
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Germaine, enseignante à l’école primaire Amparatana de Fenerive ville (Madagascar)
Germaine, enseignante à l’école primaire Amparatana de Fenerive ville (Madagascar) — Delphine Bancaud/20 minutes

De notre envoyée spéciale à Madagascar

Si enseigner à des enfants handicapés mentaux est un exercice délicat en France, à Madagascar cela relève de la gageure. Et pourtant, c’est la mission que s’est fixée Germaine Indianombomazava, 36 ans, qui enseigne depuis sept ans à l’école primaire Amparatana de Fenerive ville.

«Ils sont parfois agressifs»

Elle est la maîtresse d’une classe intégrée (uniquement composée d’élèves handicapés) de douze élèves. Difficultés en prime: la plupart d’entre eux sont handicapés mentaux, ils sont âgés de 6 à 14 ans et ont des degrés de handicap différents. Pas de quoi décourager Germaine.

Ce mercredi matin, aucun d’eux ne manque à l’appel. Et leurs sourires témoignent de leur joie d’être en classe. Chacun prend plaisir à participer à l’éveil en chanson, puis aux travaux manuels. Mais Germaine déploie une énergie incroyable pour que la journée se déroule le plus sereinement possible. «Le plus difficile pour moi, c’est de gérer leurs débordements. Ils sont parfois agressifs ou très agités. Je dois les calmer en leur disant des mots doux», explique-t-elle.

Des techniques pédagogiques pour s’adapter à chacun

Si Germaine arrive aussi bien à mener sa classe, c’est aussi parce qu’elle a bénéficié d’une formation spécifique, grâce à Handicap International. Chaque année, elle suit au moins quatre sessions d’une semaine pour apprendre des méthodes pédagogiques adaptées aux élèves handicapés. «Chaque enfant évoluant différemment, j’ai appris à élaborer un projet éducatif individuel pour chacun d’eux. Le formateur m’a aussi donné des idées de travaux de prélecture, préécriture et de manipulation à effectuer avec les enfants», raconte-t-elle.

Grâce à ce soutien, Germaine se sent plus à même de mener à bien sa mission. Et cela porte ses fruits. Car ses élèves, qui restent en moyenne trois ans dans sa classe, évoluent bien. «Avant d’être scolarisés, certains d’entre eux ne pouvaient rien faire, même pas tenir quelque chose entre leurs mains. Et d’autres ne savaient pas parler. Ils sont devenus beaucoup plus autonomes. Quatre d’entre eux savent même écrire et deux savent lire», annonce-t-elle fièrement.

Les enfants qui gagnent en autonomie

Autre victoire pour Germaine: le regard des parents sur leurs enfants a lui aussi changé. «Avant, ils avaient honte de leurs enfants et n’avaient pas de considération pour eux. Désormais, ils en sont fiers», constate la maîtresse. Et le bouche-à-oreille fonctionnant à merveille à Madagascar, l’histoire de ces enfants incite chaque année d’autres parents d’élèves handicapés à inscrire leurs enfants dans cette école.

Une réussite qui réjouit d’autant plus Germaine, qu’elle aussi est handicapée, sa jambe ayant été déformée par la polio. «En tant qu’handicapée, j’ai un devoir envers ces enfants. Je voudrais que mon exemple leur permette de comprendre que l’on peut toujours repousser ses limites», confie-t-elle émue, avant d’être rejoint par ses élèves qui ne la lâchent pas d’une semelle.

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A l’école primaire Amparatana de Fenerive ville (Madagascar). - Delphine Bancaud/20 minutes.