Radicalisation et risques d'attentats: Le scénario australien

DÉCRYPTAGE Au même titre que la France ou la Grande-Bretagne, l’Australie est elle aussi touchée par la radicalisation islamiste et le risque d’attentats sur son sol...

Bérénice Dubuc

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Prise d'otages à Sydney.
Prise d'otages à Sydney. — DR

Radicalisation, coups de filet et renforcement des lois antiterroristes. Le scénario que connaissent la France et la Grande-Bretagne est le même de l’autre côté du globe: l’Australie est elle aussi touchée par la radicalisation islamiste et le risque d’attentats sur son sol, comme le montre la prise d'otages en cours à Sydney ce lundi.

D'après les estimations, quelque 70 Australiens combattent au sein d’organisations djihadistes en Irak et en Syrie, au moins 20 y ont déjà été tués, et une centaine leur fournissent, d'Australie, un soutien actif. «C’est peu par rapport à la population musulmane [du pays]», note David Camroux, chercheur au CERI et enseignant à Sciences Po. En effet, selon le recensement de 2012-2013, 476.300 Australiens (2,2% de la population) se déclaraient musulmans. Pourtant, les autorités craignent des attentats commis sur le territoire par de jeunes Australiens radicalisés.

Menace et durcissement législatif

«Si cette prise d’otages semble être un acte isolé, il y a un contexte», souligne David Camroux. Depuis septembre, l’Australie a connu plusieurs alertes. Fin septembre, deux policiers ont ainsi été blessés à coups de couteau par un Australien d'origine afghane de 18 ans, qui a été abattu. Et, ce lundi, peu avant la prise d'otages, la police avait annoncé l'arrestation d'un homme de 25 ans à Sydney dans le cadre d'investigations sur la préparation d'un attentat en Australie.

Face à la menace, le gouvernement a durci le ton. Dans la nuit du 17 au 18 septembre, 800 policiers ont participé à une opération antiterroriste dans les banlieues de Sydney et de Brisbane, la plus importante de ce type jamais organisée en Australie. Une quinzaine de personnes soupçonnées de préparer des actes violents sur le sol australien, dont la décapitation de civils, avaient été interpellées. Tout juste une semaine auparavant, le pays avait placé ses forces de l'ordre en état d'alerte «élevé» face à la menace terroriste représentée par les combattants australiens de l’EI de retour du Moyen-Orient. Ces opérations se sont également accompagnées d’un durcissement législatif.

Le traumatisme des attentats de Bali

Car, si l’Australie a très peu connu le terrorisme dans son histoire, comme le rappelle David Camroux, «les Australiens ont vécu un moment traumatique en 2002, avec les attentats de Bali.» Le 12 octobre 2002, 202 personnes, dont 88 Australiens, sont en effet tuées dans une discothèque sur l’île indonésienne. «Ça a été un traumatisme comparable à celui subi par les Etats-Unis avec le 11-Septembre. Le nombre de victimes, mais aussi le fait que Bali était jusqu’alors dans l’imaginaire australien le lieu où les jeunes gens se rendaient avant de commencer leur vie d’adulte, pour surfer et s’amuser, a choqué.»

A l’époque déjà, l’attaque faisait écho aux liens étroits que l’Australie entretenait avec les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Allié indéfectible des Etats-Unis, le pays-continent a en effet envoyé des troupes en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003. «Cette fois encore, l’Australie fait partie de la coalition -c’est d’ailleurs le seul pays occidental engagé qui n’appartient pas à l’Otan. Et le Premier ministre conservateur Tony Abbott n’a même pas attendu une demande américaine pour proposer l’aviation et les forces pour entraîner l’armée irakienne», souligne David Camroux.

Car, selon le chercheur, «le gouvernement -assez impopulaire- joue beaucoup sur la fibre islamophobe». «On assiste à un repli isolationniste, avec une politique extérieure très agressive et une politique d’immigration très dure. Une majorité de musulmans se trouve victime de cette islamophobie et de l’amalgame avec les terroristes.»