«La crise des marins ne pouvait pas durer longtemps»

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Les quinze marins britanniques rentrés jeudi en Angleterre après deux semaines de captivité en Iran, sont âgés de 20 à 31 ans et certains servaient pour la première fois à l'étranger.
Les quinze marins britanniques rentrés jeudi en Angleterre après deux semaines de captivité en Iran, sont âgés de 20 à 31 ans et certains servaient pour la première fois à l'étranger. — Carl de Souza AFP
François Géré, directeur de l’Institut français d’analyse stratégique, analyse pour www.20minutes.fr les raisons qui ont poussé l’Iran à libérer les otages si rapidement.

Diplomates et spécialistes appelaient à la prudence quant au temps que prendraient les négociations entre Téhéran et Londres. Et là, coup de théâtre, le président iranien annonce la libération des marins…

Pour ma part, je ne suis pas surpris. Il était quasi évident que les Iraniens n’avaient pas l’intention d’exploiter de façon excessive la bourde de la marine britannique.

Une bourde? Londres a pourtant prouvé, cartes satellites à l’appui, que ses marins étaient bien dans les eaux irakiennes…

Peut-être, mais c’est une erreur de la part de la marine britannique d’avoir laissé deux canots s’aventurer dans la zone contestée du Chatt Al-Arab. Les Iraniens n’attendaient que ça.

Pourquoi?

Car la tension avec les Britanniques est très vive dans ce secteur frontalier. Leur présence permanente irrite l’Iran, qui n’attendait qu’une occasion pour leur faire la leçon et en tirer certains avantages.

Qu’a obtenu l’Iran en échange de cette libération selon vous?

La libre circulation de ses diplomates coincés à l’ambassade d’Iran à Bagdad et surtout une influence renforcée dans le Moyen-Orient. Téhéran veut compter dans le processus de stabilisation de l’Irak, notamment sur la question du Kurdistan. A l’instar de la Turquie et de la Syrie, l’Iran est farouchement opposé à l’autonomie de cette région, qui dispose d’énormes ressources pétrolières. En menant la danse dans cette petite crise des marins, le pays arrivera avec une position renforcée à la prochaine conférence sur l’Irak prévue en avril.

Vous estimez donc que l’Iran a réussi son coup?

C’est bien joué effectivement. Mais les Britanniques en sortent gagnants également. Globalement, on peut dire que les rapports entre les deux pays sont beaucoup plus favorables que ceux qui prévalaient avant le début de cette affaire.

La situation interne en Iran, compliquée, a-t-elle pesé dans l’issue de cette crise?

Pas beaucoup plus que dans le dossier nucléaire. Selon moi, l’arrestation a eu lieu pour des raisons plutôt futiles puis elle a été récupérée par l’aile des conservateurs modérés, à savoir Ali Larijani, le président du conseil suprême de sécurité nationale, et le guide suprême, Ali Khamenei. Ce dernier a sans doute dévolu la mission de libérer les marins au président Ahmadinejad pour casser son image d’homme dur et fermé.

Propos recueillis par Catherine Fournier