Canada: Ce que l’on a appris au cours du procès de Luka Rocco Magnotta

JUSTICE Lors de ces 40 jours d’audience, la version des faits du dépeceur» de Montréal a été entendue, tout comme nombre de psychiatres, pour tenter de savoir si l’accusé était responsable de ses actes au moment des faits...

Bérénice Dubuc
— 
Dessin représentant Luka Rocco Magnotta lors d'une audience préliminaire précédant son procès, le 12 mars 2013, à Montréal (Canada).
Dessin représentant Luka Rocco Magnotta lors d'une audience préliminaire précédant son procès, le 12 mars 2013, à Montréal (Canada). — STRINGER / REUTERS

Dans l’attente. Après avoir entendu 66 témoins en 40 jours d'audience, les douze jurés qui ont assisté au procès de Luka Rocco Magnotta sont isolés depuis ce vendredi jusqu'à ce qu'ils rendent un verdict unanime. Passage en revue de ce que le procès du «dépeceur» de Montréal nous a appris.

>> Revivez l'affaire Luka Rocco Magnotta en images avec notre diaporama

Ce qui s’est passé le 24 mai 2012

Selon la version des faits de Magnotta, il a rencontré Lin Jun ce jour-là, après des échanges consécutifs à une annonce postée sur Craigslist pour trouver un partenaire sexuel. Après s’être retrouvés à une station de métro, les deux hommes se rendent chez Magnotta, où ils consomment du vin et ont une relation sexuelle. Après avoir aperçu une voiture noire par la fenêtre, Magnotta serait ensuite devenu anxieux et aurait avalé des médicaments, imité par Jun Lin. Le médecin légiste a confirmé avoir relevé dans le sang de Lin Jun des traces d'alcool et de médicaments. Magnotta aurait alors cru que le jeune Chinois était un agent du gouvernement, des voix lui disant de l'attacher et de «le couper». Il aurait ensuite tourné et publié la fameuse vidéo pour faire taire les voix, qui lui auraient aussi dit de le «redonner au gouvernement», d’où les envois postaux à différents partis politiques.

>> Il n’y a pas de peine assez lourde pour ce qu’il a fait», dit l'ancien employeur de Jun Lin

L’enfance difficile de Magnotta

Le 31 octobre, le père de l’accusé a été le premier témoin de la défense. Il a raconté l'enfance difficile de son fils, originaire de Scarborough, en Ontario. Le quinquagénaire a raconté l’enfance d’«Eric», le nom qui a été donné à Magnotta à sa naissance. Il a expliqué que sa conjointe est tombée enceinte à l’âge de 16 ans -alors que lui-même n'avait que 17 ans-, et que le couple s'est d’abord installé dans le sous-sol de ses parents, avant de déménager plusieurs fois. «Eric» n’a été scolarisé qu’à partir de la sixième, sa mère faisant l’école à domicile. Son père a décrit un enfant isolé, qui a été maltraité par ses camarades de classe. L’homme, maniaco-dépressif et schizophrène, a connu ses premiers problèmes de santé mentale vers le milieu des années 90, après des problèmes conjugaux et d'alcool. Il dit s’être éloigné de son fils pendant une période de 5 à 10 ans. Magnotta a alors vécu avec sa mère -qui rencontrait aussi d’importants problèmes d'alcool- et sa grand-mère maternelle, qui l’auraient maltraité.

Un long passé psychiatrique

Plusieurs rapports d'experts attestent depuis 2001 de la schizophrénie de Luka Rocco Magnotta. Qualifié de «personnalité fragile» par un de ses psychiatres, l’accusé, qui n'a pas témoigné et a refusé de se soumettre à une évaluation psychiatrique, entend des voix -celle d’un certain «Manny», de Marylin Monroe ou d’autres, qui parfois le dénigrent- depuis la fin de son adolescence. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises, et le médecin qui l’a suivi entre 2003 et 2009 a précisé qu’il était également maniaco-dépressif, et «vivait d'une rente gouvernementale pour personnes inaptes».

Psychotique ou responsable de ses actes?

Pendant tout le procès, la défense a tenté de démontrer que ces troubles psychiatriques empêchent Magnotta d’être déclaré pénalement responsable. Le Dr Allard, experte en psychiatrie de la défense qui a évalué Magnotta, a ainsi jugé que l’accusé faisait une crise psychotique au moment des faits. Faux, selon l’accusation, qui a présenté 48 témoins et des preuves -mail menaçant à un journaliste du Sun britannique en décembre 2011, somnifère dans la bouteille de vin le soir du meurtre, casquette de la victime conservée «en guise de trophée»,… - pour démontrer que Magnotta planifiait un meurtre bien avant l'assassinat de Jun Lin. Selon Gilles Chamberland, un psychiatre appelé à la barre par l’accusation, Magnotta n'est pas schizophrène mais «histrionique», cherchant à attirer l'attention en permanence, et est logiquement passé du meurtre d’animaux à celui de Lin Jun.

>> Comment la police française a manqué l’interpellation du dépeceur de Montréal

>> L'immeuble où vivait Luka Magnotta se cherche une seconde vie