Comment la Tunisie veut faire revenir les touristes (français)

REPORTAGE Depuis la révolution de 2011, le nombre de touristes français est en baisse de 45%. Ce secteur représente 7% du PIB du pays...

Mathieu Bruckmüller

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«L’image de la Tunisie en France est médiocre», reconnaît Amel Karboul, ministre  du Tourisme de Tunisie. Lancer le diaporama
«L’image de la Tunisie en France est médiocre», reconnaît Amel Karboul, ministre du Tourisme de Tunisie. — FETHI BELAID / AFP

De notre envoyé spécial en Tunisie

Une reprise qui se fait attendre. Quatre ans presque jour pour jour après le début de la révolution de jasmin, le tourisme tunisien est toujours convalescent. A la fin décembre, le nombre de touristes devrait être de 10% en deçà des sept millions atteint en 2010, année de référence.

A l’époque, 1,4 million de Français étaient partis en vacances en Tunisie. Un record. Mais aujourd’hui leur nombre a diminué de 45%, bien que l’Hexagone reste le premier vivier de touristes.

>> La révolution de jasmin en images

Une «image médiocre»

«L’image de la Tunisie en France est médiocre», reconnaît sans détour Amel Karboul, la pétillante ministre  du Tourisme. Et de déplorer les craintes excessives et les amalgames à l’égard de la menace djihadiste qui frappe davantage les pays limitrophes comme la Libye et l’Algérie.

Amel Karboul, ministre du Tourisme de Tunisie.

Pour preuve, après la décapitation du guide de haute montagne Hervé Gourdel, le 24 septembre dernier en Kabylie (Algérie), 50% des réservations en provenance de France ont été annulées, selon Leila Tekaia, directrice pour la France de l’office national du tourisme tunisien (ONTT). «Pourtant, nos régions sont sécurisées et pas un seul touriste n’a été tué», abonde Wahida Djait, directrice générale de l’ONTT.

Un secteur qui emploie 400.000 personnes

Si la Tunisie arrive à compenser partiellement la chute du marché Français avec la bonne tenue des marchés allemand, anglais, italien et russe notamment, la crise économique amène les touristes à diminuer leur dépense sur place. Un problème de taille pour un secteur qui représente 7% du PIB et 400.000 emplois directs et indirects. Et ce, au moment où plus de 15% de la population active est au chômage.

Résultat, le pays souhaite diversifier son modèle touristique. «La Tunisie, cela ne peut pas être que du balnéaire cheap (bon marché ndlr) avec des séjours tout inclus», estime Wahida Djait. Car sur le créneau du balnéaire, la Tunisie doit faire faire face à la concurrence féroce du Maroc et des îles Canaries.

«Je suis malade de voir mon pays aussi sale»

Montée en gamme des établissements intermédiaires; développement des hébergements alternatifs comme des gîtes ruraux et des maisons d’hôtes, à l'image de la Ferme d'Or créer par un couple belgo-tunisien à proximité de Bizerte afin de promouvoir l'écotourisme; projets écologiques; promotion des différentes régions du pays et du tourisme culturel; les idées ne manquent pas pour diversifier l’offre.

 

Jan Demeulemeester et Leila Derouiche, un couple belgo-tunisien, viennent d'ouvrir trois chambres d'hôtes près de Bizerte.

Les autorités comptent bien sur la fin des élections présidentielles le 21 décembre et la formation pour un mandat de cinq ans d’un nouveau gouvernement issu des élections législatives d’octobre pour montrer au monde que la Tunisie est sur la voie de la stabilisation.

Reste un chantier de taille à résoudre: les déchets qui jonchent la voie publique en ville comme à la campagne. Outre le ramassage aléatoire des ordures, les Tunisiens ont la fâcheuse habitude de jeter leurs déchets sur la voie publique surtout depuis la fin d el'ère Ben Ali. «Je suis malade de voir mon pays aussi sale», lâche Zohra Driss, toute nouvelle députée qui jusqu’ici a fait carrière dans le tourisme. Ce qui n’empêche Wahida Djait de tabler sur 10 millions de touristes par an à moyen terme.