Ebola: «Personnalités de l’année c’est bien, mais nous voulons retourner aider les malades»

SANTE «20 Minutes» a rencontré la première équipe d’urgentistes de l’Eprus qui est revenue cette semaine du centre de traitement Ebola à Macenta en Guinée…

Romain Lescurieux

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Les urgentistes de l'EPRUS resteront un mois au centre de traitement Ebola de Macenta en Guinée
Les urgentistes de l'EPRUS resteront un mois au centre de traitement Ebola de Macenta en Guinée — R.LESCURIEUX

En chœur, malgré la fatigue, Valérie et ses consœurs distillent leurs impressions et leurs mots se chevauchent les uns aux autres: «passionnant», «riche», «humain». La directrice générale adjointe de la santé, Françoise Weber, prend le micro, ce jeudi au ministère de la Santé. «Les combattants d’Ebola ont été élus mercredi personnalités de l’année par le Time, je tenais à vous féliciter».

«Nous étions dans les starting-blocks»

Ils sont onze urgentistes de l’Eprus (Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) à être revenus cette semaine du centre de traitement Ebola (CTE) à Macenta en Guinée. Première équipe à avoir pris position dans cet établissement ouvert le 18 novembre par la Croix-Rouge, elle a livré son expérience.

Car ces réservistes volontaires sont restés un mois sur place, pour «mettre en route le CTE», prendre en charge les malades, former le personnel médical guinéen et accueillir la relève. Partis le 1er novembre à Conakry, ils ont au préalable passé deux semaines en formation avec MSF. Un entraînement qui venait compléter les «cours» d’habillage-déshabillage effectués à l’hôpital Henri Mondor. «Le jour de l’ouverture du centre, on était dans les starting-blocks», explique à 20 Minutes Christophe Savio, responsable sur place du CTE. Et puis, la réalité.

«Deux décès par jour pour huit guérisons sur l’ensemble de notre passage»

64 lits, 30-35 patients, des journées de 7 heures à 23 heures, «avec en toile de fond, la chaleur, le stress, la fatigue et évidemment cette épidémie meurtrière», détaille Christophe Savio, en félicitant «une équipe soudée». «Nous avons un peu essuyé les plâtres», nuance-t-il. «Mais au fur et à mesure, nous ajustions. Les prochains urgentistes seront de plus en plus efficaces», dit-il. «En plus, maintenant, il y a un labo au CTE», sourit ce réserviste, en se souvenant de ses débuts et des tests biologiques envoyés quotidiennement par moto dans un laboratoire à 2h30 de la route de Macenta.

«C’est notre métier d’être confrontés à la mort mais là c’était compressé dans le temps», livre de son côté Marie-Laure, 62 ans, médecin infectiologue à Marseille. «En moyenne, nous avons eu deux décès par jour pour huit guérisons sur l’ensemble de notre passage». «On le sait avant de partir mais c’est dur. Pour les malades, à cause de nos protections, nous sommes anonymes, interchangeables et ils ne voient pas nos sourires. Mais on s’attache et ils ne sont pas des morts quelconques», confie-t-elle. Des résultats positifs se font toutefois sentir dans le pays.

«La courbe des décès est en décroissance»

«La courbe des décès dus au virus Ebola est en décroissance en Guinée», a en effet tenu à préciser François Bourdillon, directeur général de l'Institut de veille sanitaire (InVS). «C’est une bonne nouvelle mais il y a encore des cas à Conakry et en zone forestière qui reste un foyer important de l’épidémie», nuance-t-il. De quoi motiver encore davantage les réservistes.

Suivis par l’ARS (Agences régionales de santé) et obligés de prendre leur température, deux fois par jour, ils retrouvent désormais une «vie normale». Pendant ce temps, une quatrième équipe de l’Eprus est en formation pour un départ fin janvier. Mais l’établissement peut compter sur ses pionniers. Marie-Laure en est certaine: «Personnalités de l’année, c’est bien, mais nous voulons surtout retourner aider les malades».


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