«La fin de Iouchtchenko»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Le Premier ministre ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch a proposé mercredi des concessions au président Viktor Iouchtchenko pour que celui-ci revienne sur sa décision de dissoudre le Parlement.
Le Premier ministre ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch a proposé mercredi des concessions au président Viktor Iouchtchenko pour que celui-ci revienne sur sa décision de dissoudre le Parlement. — Mykola Lazarenko AFP/Pool

La décision par le président pro-occidental Viktor Iouchtchenko de dissoudre le parlement ukrainien lundi a attisé la guerre qu’il mène contre son Premier ministre, Viktor Ianoukovitch, pro-russe. Retour sur un pays divisé avec Susanne Nies, chercheuse au CNRS.

Pourquoi une telle crise éclate-t-elle aujourd’hui en Ukraine?
Cette crise entre les «2 Viktor», comme on les surnomme, est ancienne en réalité. Le pays a toujours été divisé entre pro-occidentaux et pro-russes. Néanmoins, il y a aujourd’hui un risque de fracture, un peu à l’image de la Yougoslavie. Une fragilité que craint la communauté internationale.

La situation semble bloquée. Quel est l’équilibre des forces entre les deux hommes?
Viktor Ianoukovitch détient la majorité du Parlement. Il a également pour lui d’avoir géré la crise du gaz avec la Russie, fin 2005. Les prochains jours seront décisifs: la Cour constitutionnelle, saisie par Ianoukovitch, doit se prononcer sur la légalité de la dissolution décidée par Viktor Iouchtchenko et les élections législatives prévues le 27 mai prochain devraient voir le parti du président perdre du terrain. La bataille pour le pouvoir qui s’annonce promet d’être terrible pour Iouchtchenko.

Le Président est en danger électoral?

Oui, je pense que nous assistons aujourd’hui à la fin de l’ère Iouchtchenko, très affaibli politiquement et physiquement. Il apparaît très isolé, les départs successifs de ses alliés ont fragilisé la coalition orange, notamment la défection récente de 11 députés, passés dans le camp du Premier ministre Ianoukovitch. Surtout, sa décision de limoger Ioulia Timochenko, en septembre 2005, a été une grave erreur stratégique car cela l’a coupé de la base des sympathisants qu’elle avait réussi à fédérer autour d’elle. Il n’y aura pas de Révolution orange bis en Ukraine.