Terrorisme: «Si Aqmi est momentanément affaibli, cela ne signifie pas qu’il est incapable d’agir»

INTERVIEW Selon Lemine Ould M. Salem, le groupe terroriste a tiré des bénéfices de la libération de Serge Lazarevic et a toujours des capacités de nuisance...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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France's Serge Lazarevic, left, hugs French President Francois Hollande after he arrived at Villacoublay's military airport, west of Paris,  Wednesday, Dec. 10, 2014. France's last hostage was freed Tuesday after being held for more than three years by al-Qaida's North Africa branch Û rekindling debate over whether countries should negotiate with extremists or stick to a muscular, uncompromising policy that runs the risk of a beheading or a botched rescue attempt. (AP Photo/Christophe Ena)/PAR123/687143867821/1412101000
France's Serge Lazarevic, left, hugs French President Francois Hollande after he arrived at Villacoublay's military airport, west of Paris, Wednesday, Dec. 10, 2014. France's last hostage was freed Tuesday after being held for more than three years by al-Qaida's North Africa branch Û rekindling debate over whether countries should negotiate with extremists or stick to a muscular, uncompromising policy that runs the risk of a beheading or a botched rescue attempt. (AP Photo/Christophe Ena)/PAR123/687143867821/1412101000 — Christophe Ena/AP/SIPA

Serge Lazarevic, le dernier otage français dans le monde, est rentré en France mercredi matin après plus de trois années aux mains d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Lemine Ould M. Salem, correspondant pour le Sahel de La Tribune de Genève et Sud Ouest, et auteur de Le Ben Laden du Sahara (éd. La Martinière), explique à 20 Minutes quel peut être l’impact de cette libération pour le groupe terroriste.

Qu’a gagné Aqmi à libérer Serge Lazarevic?

Il est évident qu’il y a eu une contrepartie. Il serait illogique pour un groupe comme Aqmi de libérer un otage sans cela. Aqmi n’y a pas perdu dans cette affaire, loin de là. Cette contrepartie peut être financière, mais aussi politique -sous la forme de concessions de la part des gouvernements de la sous-région.

On parle, comme à chaque fois, de versement d’argent, mais aussi d’un échange de prisonniers

Comme toujours quand il s’agit d’un otage français, personne ne vous dira le montant de la rançon, ni même qu’il y a eu versement d’une rançon. Mais il est certain qu’Aqmi a tiré des bénéfices de cette libération. La libération de cet otage, qui pouvait s’avérer encombrant dans le contexte actuel (les djihadistes d’Aqmi sont éparpillés dans la sous-région du fait de l’intervention française), a dû permettre au groupe de gagner beaucoup d’argent et de récupérer des éléments qui risquaient de rester en prison pour longtemps ou d’être condamnés à mort.

Le groupe est-il en perte vitesse ces derniers temps, notamment par rapport à l’Etat Islamique (EI), en pleine expansion?

Il est vrai que l’EI est actuellement plus visible. C’est dû au fait que le terrain où les deux groupes évoluent n’est pas le même (Aqmi dans les montagnes du nord-est du Mali, l’EI en Syrie et en Irak), que l’EI arrive à conquérir d’immenses pans de territoire, en étant puissamment armé, à la différence d’Aqmi, qui a reculé face à l’intervention française, et qui n’a pas accès aux armes. Il y a aussi une différence d’idéologie: Aqmi et Al-Qaida visent l’Occident et ses alliés en général, alors que l’EI s’attaque à tous les non-musulmans.

Mais, si Aqmi n’est plus le même groupe qu’il y a 4 ou 5 ans et est momentanément affaibli, cela ne signifie pas qu’il est incapable d’agir. Peut-être qu’il va y avoir un changement dans sa façon d’opérer, peut-être qu’il va y avoir un rapprochement avec l’EI, avec des actions ponctuelles au Sahel, des actions individuelles sur le modèle de ce qui s’est passé en Kabylie avec Hervé Gourdel, quelques personnes isolées qui revendiquent l’attaque au nom du groupe

Aqmi a donc toujours des capacités de nuisance?

Bien sûr. Je ne pense pas qu’Aqmi, c’est fini. Le groupe est momentanément diminué, mais avec ce qui se passe en Libye, où des foyers terroristes se développent, il a les capacités de reconstruire de nouvelles bases, de récupérer des armes… Tant que la situation libyenne reste la même, il faut s’attendre à des actions spectaculaires d’Aqmi au Maghreb ou au Sahel. De plus, comme ils tiennent quelques villes côtières, la Méditerranée peut aussi être une zone sensible à l’avenir, avec des attaques de navires occidentaux comme l’attaque du Ponant par des pirates somaliens par exemple.