Rapport sur la CIA: «Les renseignements obtenus par la torture ne sont pas fiables»

INTERVIEW Jason Wright, ancien avocat de deux détenus de Guantanamo, explique à «20 Minutes» ce que les quelque 500 pages de résumé peuvent apporter à la lutte contre la torture...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Jason Wright, ancien avocat de deux détenus de Guantanamo.
Jason Wright, ancien avocat de deux détenus de Guantanamo. — Amnesty International

Le Sénat américain vient de rendre public un rapport très attendu sur les méthodes de torture utilisées par la CIA après les attentats du 11 septembre 2001. Ce document est en fait le résumé d'un rapport confidentiel de plus de 6.000 pages de l'enquête effectuée par la commission du Renseignement du Sénat, qui a compilé plus de 6 millions de pages de documents. Jason Wright, ancien avocat de deux détenus de Guantanamo jusqu'à sa démission en août dernier, explique à 20 Minutes en quoi les quelque 500 pages de ce résumé peuvent aider les prisonniers de Guantanamo et replacer la lutte contre la torture dans le débat public américain.

Que peut apporter le rapport dévoilé ce mardi, selon vous?

Ce document va permettre de clarifier les faits. Il y avait déjà eu une enquête interne de la CIA en 2005, mais les 120 pages de ce rapport avaient été censurées, et n’avaient rien apporté. Sur le plan légal, la classification des informations a empêché les avocats de la défense des détenus de Guantanamo de faire leur travail. Ce rapport pourrait les y aider, en apportant des informations jusque-là tenues secrètes.

Ce rapport doit aussi permettre de savoir si le programme secret de la CIA a permis d'obtenir des renseignements cruciaux grâce à la torture…

C’est vrai. Ce nouveau rapport va permettre de montrer si on a obtenu des informations fiables par la torture. Je pense que, comme beaucoup d’études l’on souligné, il va démontrer que la torture ne fonctionne pas, que les renseignements obtenus par ce biais ne sont pas fiables et ne servent pas à protéger la sécurité nationale. J’espère qu'il va permettre d’ouvrir un débat public.

Vous pensez qu’il peut contribuer à modifier la perception de l’opinion publique de la torture?

Tout à fait. Il y a une erreur de perception dans l’opinion publique américaine: plus de 40% des Américains pensent que la torture peut se justifier dans certains cas bien précis. On pense que la torture fonctionne, qu’en pressurant quelqu’un, on peut obtenir des informations pertinentes. Rationnellement, si l’on démontre aux gens que la torture ne sert pas la sécurité nationale, alors que c’est l’excuse invoquée pour justifier cette pratique, cela pourrait permettre de faire changer l’opinion publique sur ce sujet.