Allemagne: «Le successeur de Merkel, c’est Merkel»

POLITIQUE Au sein du parti conservateur allemand, les personnalités qui vivent dans l’ombre de «Mutti» et qui pourraient éventuellement prendre sa succession politique ne sont pas légion...

Bérénice Dubuc

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La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une réunion ministérielle à Berlin le 24 septembre 2014
La chancelière allemande Angela Merkel lors d'une réunion ministérielle à Berlin le 24 septembre 2014 — Odd Andersen AFP

Indéboulonnable. La chancelière allemande Angela Merkel a été triomphalement reconduite pour un huitième mandat de deux ans à la présidence de la CDU (Union chrétienne-démocrate), avec 96.72% des voix ce mardi. A la tête du parti conservateur depuis 2000, la dirigeante de 60 ans caracole toujours en tête des sondages de popularité, recueillant encore 67% d'avis positifs dans le dernier baromètre mensuel de la chaîne publique ARD vendredi dernier.

Pourtant, plusieurs rumeurs persistantes veulent que «la femme la plus puissante du monde», selon le magazine Forbes, envisage de quitter le pouvoir sous peu: elle a toujours jugé que son mentor, Helmut Kohl, avait fait un mandat de trop, estimant que dix ans seraient la «durée maximale» pendant laquelle un chancelier peut exercer le pouvoir, et elle a également dit à plusieurs reprises qu’elle arrêterait la politique à 60 ans. «C’est quelqu’un de mystérieux, qui se confie peu, il est donc très difficile de savoir ce qu’elle envisage de faire, note Hélène Miard-Delacroix, professeur à la Sorbonne et spécialiste de l’Allemagne. Mais je pense qu’elle a envie de continuer.»

Elle a «éliminé tous ceux qui auraient pu se trouver sur son chemin»

Une chance pour la CDU car, au sein du parti conservateur, les personnalités qui vivent dans l’ombre de «Mutti» Merkel et qui pourraient éventuellement prendre sa succession politique ne sont pas légion. «C’est une femme au parcours exceptionnel, qui a réussi en dix ans à éliminer tous ceux qui auraient pu se trouver sur son chemin», confirme Hélène Miard-Delacroix. Ainsi, seule une personnalité émerge outre-Rhin pour prétendre au rang de dauphin: Ursula von der Leyen. A 55 ans, cette mère de sept enfants a été la première femme nommée ministre de la Défense en Allemagne fin 2013.

Charismatique, ambitieuse, mais aussi populaire, elle est vue comme une femme politique talentueuse. Mais le ministère qu’elle dirige actuellement, choisi pour elle par Angela Merkel, est un poste sensible: il a déjà vu la chute d’un autre dauphin présumé, Karl-Theodor zu Guttenberg, et vu trébucher un second, Thomas de Maizière. Recyclé au ministère de l’Intérieur, ce dernier n’a pas vraiment réussi à se remettre du «scandale Euro Hawk», aka l’«affaire des drones», qui a valu une perte sèche de 550 millions d'euros au budget de la Défense.

Rassembleuse

«Après Ursula von der Leyen, il n’y a plus grand monde. Peut-être Norbert Röttgen, qui a été ministre de l’Environnement, mais qui a fait un résultat catastrophique aux dernières élections régionales en Rhénanie Nord Westphalie», ce qui lui a aussi coûté la vice-présidence fédérale du parti en 2012. En clair: «Le successeur de Merkel, c’est Merkel», assène Hélène Miard-Delacroix. «Personne au sein du parti n’a l’idée, l’ambition ou même une quelconque chance de la déboulonner si elle décide de rester. Angela Merkel a cette capacité étonnante de rassembler. Elle est souple, un peu floue, ce qui lui vaut d’être critiquée et qualifiée de "girouette" par ses détracteurs, mais cela lui permet de rassembler large. Lors des législatives de 2013, ce n’est pas la CDU mais elle qui a rassemblé les voix. Et cette habilité lui permet aussi de gouverner avec les uns et les autres.»

Et, comme il n’y a pas de limitation du nombre de mandats en Allemagne, Angela Merkel peut rester Chancelière autant de fois qu’elle obtient une majorité au Bundestag. Ce qui pourrait arriver une nouvelle fois en 2017: elle n’a pour l’heure pas de véritable rival, et 56% des Allemands souhaitent un gouvernement Merkel 4, selon un sondage publié dans Bild.