La France est-elle de plus en plus corrompue?

INTERVIEW A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la corruption, Daniel Lebègue, président de Transparency International France explique pourquoi l'Hexagone est perçu comme plus corrompu que l'année dernière...

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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La France est sortie de récession, mais ses perspectives de croissance demeurent fragiles avec une fiscalité et un chômage élevés et des exportations trop timides, affirme l'agence de notation Standard & Poor's dans une étude publiée mercredi.
La France est sortie de récession, mais ses perspectives de croissance demeurent fragiles avec une fiscalité et un chômage élevés et des exportations trop timides, affirme l'agence de notation Standard & Poor's dans une étude publiée mercredi. — Andreas Solaro AFP

La France, de plus en plus corrompue? Selon le dernier indice de perception de la corruption publié la semaine dernière par l'ONG Transparency, la France se hisse à la 26e place. A égalité avec l’Estonie et le Qatar. Son pire rang depuis la création du classement en 1995, elle, qui était classé 22ème l’an dernier. A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption qui se tient ce mardi, 20 Minutes fait le point avec Daniel Lebègue, président de Transparancy International France.

Qu’est ce qui est reproché à la France pour expliquer un tel classement?

Le classement de la France dans l’indice 2014 n’est effectivement pas brillant. En plus du manque d’indépendance totale du parquet et d’un manque de contrôle des lobbies, ce rang s’explique aussi par deux affaires qui ont éclaté durant la période couverte par l’indice - printemps 2013, été 2014 - soit, les affaires Cahuzac et Bygmalion. Elles ont eu des conséquences très négatives sur l’image de la France car elles ont été beaucoup commentées dans les médias internationaux.

Quelle est la méthodologie de ce classement, qui est critiquée par certains chercheurs?

Nous faisons ce classement depuis 20 ans. Comme les autres années, nous avons additionné des études d’opinion réalisées à l’étranger auprès de chefs d’entreprise, d’analystes, de journalistes en leur demandant notamment quelle image ils avaient de la corruption en France dans la police, la justice, la politique et le monde des affaires. Nous avons ensuite fait une moyenne de ces enquêtes pour avoir un indice quantitatif. Après c’est un outil, un indice de perception à l’instar d’un sondage. Ça n’a certes rien de purement scientifique ou statistique. Mais c’est mieux que rien.

Les engagements de François Hollande en faveur de la transparence peuvent-ils améliorer cette situation?

Ça peut paraître contradictoire mais c’est vrai que sur cette même période – printemps 2013, été 2014 – la France a beaucoup renforcé ses règles en faveur de la lutte contre la corruption et la délinquance financière, notamment avec la création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. La situation peut donc s’améliorer, mais il ne suffit pas de voter des lois et mettre des moyens d’action. Le principal levier pour changer les pratiques et le comportement c’est l’engagement citoyen. D’où le lancement de notre portail d’engagement citoyen aujourd’hui pour leur permettre de signaler à la Haute autorité des conflits d’intérêts auxquels ils pourraient être confrontés. Car c’est aussi leur rôle de contrôler l’action des décideurs publics.

>> Capture d'écran de la carte de France de la corruption basée sur les condamnations prononcées par la justice