Japon: La pénurie de beurre menace les bûches de Noël

JAPON A l’approche des fêtes de Noël, pâtisseries, restaurants et particuliers cherchent à tout prix à s'en procurer...

Mathias Cena

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Un client tient une plaquette de beurre dans un magasin de Tokyo, le 10 novembre 2014.
Un client tient une plaquette de beurre dans un magasin de Tokyo, le 10 novembre 2014. — YOSHIKAZU TSUNO / AFP

De notre correspondant à Tokyo,

A l’approche des fêtes de Noël, le Japon redoute de devoir se serrer la ceinture, alors que la pénurie de beurre sévit sur l’Archipel depuis plusieurs mois. Pour faire face à l’urgence, le gouvernement, qui avait déjà procédé à des importations exceptionnelles mais insuffisantes de beurre, 10.000 tonnes en tout en mai et septembre, a cette fois demandé un effort aux quatre principaux producteurs du pays. En décembre, ils produiront ainsi 1.846 tonnes de beurre, une augmentation de 33% par rapport aux 1.393 tonnes de novembre.

Pâtisseries et restaurants logés à la même enseigne

Dans un pays friand de douceurs occidentales, les pâtisseries sont déjà entrées dans la saison des fêtes, et tirent la langue: «On n’arrive à se procurer que la moitié du beurre dont on a besoin», soupire ainsi Atsuko Uehara dans le Japan Times. Elle tient une boulangerie dans la préfecture de Saitama, voisine de Tokyo, et dit connaître cette année sa pire saison de Noël. Sans beurre, impossible en effet de confectionner la bûche à la crème au chocolat, son produit phare des fêtes.

Selon les chiffres officiels, les prix de vente du beurre en gros ont déjà augmenté de 5,5% en un an, pour atteindre 1.309 yens le kilo au mois d’août (l’équivalent de 9,55 euros à ce moment-là). Une augmentation que Atsuko Uehara dit être obligée de répercuter sur le prix des gâteaux, au risque de perdre sa clientèle.

Les pâtissiers ne sont pas les seuls à faire la grimace. Les restaurateurs, qui peinent à se procurer suffisamment de beurre, choisissent parfois d’y substituer de la margarine. Les restaurants spécialisés dans le curry japonais, un mets particulièrement populaire l’hiver et gourmand en beurre dans sa préparation, sont spécialement touchés. Un restaurateur de l’arrondissement de Chiyoda dit ainsi peiner à se procurer les cinq kilos de beurre quotidiens nécessaires à sa préparation.

Appel au calme

Cette pénurie s’explique par une accumulation de facteurs: la canicule estivale qui a affecté la production de lait, mais aussi une population d’agriculteurs vieillissante qui diminue. Ils seraient aujourd’hui 19.000 producteurs de lait, contre 82.000 en 1985. Ces agriculteurs subissent de plein fouet la chute du cours du yen, qui a perdu 40% de sa valeur ces deux dernières années face au dollar, faisant bondir le coût des importations de fourrage. Lourdement subventionnés, ils s’inquiètent pour leur avenir et voient d’un mauvais œil les négociations d’accords de libre-échange en cours avec plusieurs pays.

Un porte-parole du ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche a lancé un appel au calme auprès des consommateurs, assurant que le beurre serait disponible dans les supermarchés avant Noël. La situation va finir par s’améliorer, confirme Tetsuo Ishihara, à la tête de l’Association des producteurs laitiers du Japon.

Approvisionnement plaquette par plaquette

Mais les particuliers ne ressentent pas encore de changement, et trouvent souvent des rayons vides dans les supermarchés, qui imposent des restrictions et choisissent parfois d’approvisionner les rayons plaquette par plaquette pour dissuader les achats en quantité, selon la télévision publique NHK.

Les Japonais tentent donc de se débrouiller tant bien que mal, alors qu’une autre menace pèse sur la gastronomie: une pénurie de frites. Les mouvements sociaux dans plusieurs ports de la côte ouest des Etats-Unis mettent en effet à mal les importations de «French fries», inquiétant plusieurs grandes chaînes de restauration rapide. Pour ne pas mettre ses stocks en péril, une entreprise a ainsi annoncé jeudi qu’elle allait faire venir 200 tonnes de frites par avion.