Hong Kong: «La révolution des parapluies prend fin»

HONG KONG Rencontre avec Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)...

Propos recueillis par Céline Boff

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Benny Tai (d), Chan Kin-man (c) et Chu Yiu-ming, les fondateurs du mouvement prodémocratie à Hong Kong, se rendent à la police, le 3 décembre 2014
Benny Tai (d), Chan Kin-man (c) et Chu Yiu-ming, les fondateurs du mouvement prodémocratie à Hong Kong, se rendent à la police, le 3 décembre 2014 — Johannes Eisele AFP

La contestation s’essouffle à Hong Kong. Après avoir appelé à la fin des manifestations, les trois fondateurs du mouvement pro-démocratie se sont rendus à la police. 20 Minutes fait le point avec Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Les leaders du mouvement Occupy Central se sont rendus. Est-ce un aveu d’échec?

Comme je l’avais prédit, le gouvernement chinois a laissé pourrir le mouvement et a tout fait pour le diviser. Alors que la population soutenait les manifestants, il a réussi à la retourner en démontrant qu’Occupy Central bloquait une partie de l’économie de la région, ce que les Hongkongais ne peuvent pas supporter.

Des étudiants poursuivent le mouvement. Peuvent-ils obtenir une avancée?

Non. Pékin n’a aucunement l’intention de céder, surtout pas au moment où les leaders les plus visibles du mouvement déclarent eux-mêmes que la lutte dans la rue est terminée. De plus, parmi les manifestants restants, il y a des étudiants mais aussi quelques casseurs, qui décrédibilisent encore un peu plus le mouvement.

La grève de la faim entamée par certains étudiants peut-elle faire évoluer la position de Pékin?

En 1981, Margaret Thatcher avait laissé mourir des prisonniers irlandais en grève de la faim et je redoute le même scénario pour ces étudiants hongkongais. Ceci dit, les Chinois seraient bien capables de les nourrir de force…  En tout cas, le gouvernement ne cèdera pas à cette tentative de martyrisation même s’il a veillé à ne pas transformer les manifestants en martyrs, par exemple en tirant dans le tas. Il a laissé le mouvement s’affaiblir jusqu’à devenir inaudible.

Que va-t-il rester de ce mouvement?

Des rancœurs et la certitude pour les Hongkongais que les promesses de Pékin, qui avait garantit que des élections démocratiques se tiendraient en 2017, ne sont jamais tenues. Les habitants qui le peuvent vont continuer à fuir le pays et tous les autres, notamment les petits fonctionnaires, vont chercher à profiter du régime.