«Stoppé», «dépassé», «cassé», où en est Daesh?

CONFLIT La coalition a affirmé ce mercredi que l'avancée du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie était «en train d'être stoppée» mais que le combat allait durer «des années»…

Romain Lescurieux

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Un obus explose le 13 novembre 2014 dans la ville syrienne de Kobané près de la frontière turque
Un obus explose le 13 novembre 2014 dans la ville syrienne de Kobané près de la frontière turque — Aris Messinis AFP

Le vent est-il en train de tourner? «L'avancée de Daesh à travers la Syrie et en Irak est en train d'être stoppée. Les forces irakiennes et les forces du gouvernement régional du Kurdistan, avec le soutien des frappes aériennes de la coalition, regagnent du terrain en Irak», a indiqué ce mercredi dans un communiqué, la soixantaine de pays membres de la coalition à l'issue d'une réunion ministérielle à Bruxelles.  

Une annonce qui vient confirmer l’expertise de certains spécialistes et témoins, qui s’accordent sur un effritement de la puissance de feu de l’organisation sur le terrain, depuis quelques semaines.

«Le mois de novembre a été terrible pour Daesh»  

«Les frappes de la coalition anti-EI commencent à porter leurs fruits sur plusieurs fronts», analyse pour l’AFP, Aysham Kamel, de l’Eurasia group. Pilonnés par les frappes aériennes de la coalition internationale et confrontés à des adversaires de mieux en mieux coordonnés et davantage équipés dans certaines zones stratégiques, les djihadistes ont en effet subi une série de défaites en Irak, où ils ont dû se retirer de plusieurs zones conquises en juin.

En novembre, l'EI a notamment été délogé de la région stratégique de Jurf al-Sakhr au sud de Bagdad, et de la ville de Baïji au nord, où il a dû lever le siège de la raffinerie du même nom. Dans l'est, ils ont été contraints d'abandonner l'un des plus grands barrages du pays, à Udhaim, et deux villes proches de la frontière avec l'Iran. «Le mois de novembre a été terrible pour Daesh qui a beaucoup perdu en hommes et en artillerie lourde, notamment des tanks», explique à 20 Minutes un franco-kurde qui est parti il y a quelques mois à Kobané, pour venir en aide à la résistance.

L’exemple de Kobané

Ville syrienne kurde frontalière de la Turquie, Kobané est devenue le symbole de la lutte contre l'organisation de l'Etat islamique. Très vite affaiblie par l’offensive des djihadistes, lancée le 6 octobre, cette ville – stratégique par sa médiatisation - a pu compter sur plusieurs paramètres pour inverser le rapport de force. «Grâce aux frappes aériennes, au survol quotidien du Bombardier B1 de la coalition, aux largages de munitions et aux 150 Peshmergas qui se relayent tous les mois pour défendre la ville, l’offensive de Daesh est cassée depuis un mois. «Ils sont dépassés, la preuve, ils n’ont plus que les attentats suicides comme recours», poursuit-il.

Daesh a d'ailleurs subi ce week-end un sérieux revers: L’organisation a perdu au moins 50 de leurs combattants. Soit l’un des bilans les plus lourds pour l’organisation de l’EI depuis qu’elle tente de prendre le contrôle de cette ville kurde syrienne nichée à la frontière turque. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), près de 1.400 djihadistes ont été tués au mois de novembre en Syrie.

Le combat va «durer des années»

Selon l’AFP, le groupe nie tout affaiblissement mais pour certains observateurs l’escalade dans l’horreur est également un signe du désarroi des djihadistes. Dans un rare enregistrement audio, le chef de l’EI et «calife auto-proclamé Abou Baakr Al-Baghdadi, semblait lui-même avoir du mal à convaincre ses troupes que le groupe allait vaincre. De l’autre côté, la coalition prend toutefois ce moment de «flottement» avec des pincettes.

«Nous allons mener cette campagne aussi longtemps qu'il faudra pour gagner», a affirmé John Kerry à l'ouverture de la réunion à Bruxelles. «Notre engagement durera certainement des années». «Cela représente un effort à très long terme, il y aura des revers et des progrès», a estimé un haut responsable américain.