Trois bouleversements à venir si la France reconnaît l'Etat palestinien

GEOPOLITIQUE L’Assemblée nationale débutera vendredi la discussion d’une résolution demandant la reconnaissance de l’Etat palestinien.Ce vote symbolique pourrait avoir des conséquences géopolitiques fortes...

Armelle Le Goff
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Un Palestinien brandit le drapeau national le 31 juillet 2014 à Billin dans la Bande de Gaza
Un Palestinien brandit le drapeau national le 31 juillet 2014 à Billin dans la Bande de Gaza — Abbas Momani AFP

Après la Suède et les votes symboliques de la Grande-Bretagne, de l'Espagne et de l'Irlande, le Parlement européen va se réunir ce jeudi 27 novembre à Strasbourg et voter pour savoir s'il doit ou non reconnaître la Palestine comme un Etat indépendant. L'Assemblée nationale doit se prononcer le 2 décembre et le Sénat le 10 décembre. Un vote qui divise au sein de la classe politique, et qui n'engagera de toute façon pas le gouvernement français, mais qui sera fort de symboles.

1-Une reconnaissance qui vise à faire repartir les négociations de paix

«La situation [au Proche-Orient] est dans une impasse totale et rien n'est plus dangereux que cet immobilisme et ce statu quo», affirme Elisabeth Guigou, la présidente de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale. En visite au Proche-Orient en novembre 2013, François Hollande avait plaidé pour la solution de «deux Etats pour deux peuples», l'arrêt de la colonisation des territoires occupés et pour un partage de Jérusalem comme capitale de deux Etats. Les dernières semaines montrent qu'on en est encore loin. Il y a quelques semaines, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, reconnaissait d'ailleurs la nécessité de prendre «ses responsabilités» quand les négociations n'aboutissent pas. Mais il l'a encore rappelé récemment, cette reconnaissance par les députés français n'aura pas d'incidence sur la décision de reconnaître officiellement l'Etat palestinien par l'Etat français.

2-Une reconnaissance qui pourrait infléchir la politique de l'Etat d'Israël

Alors que Jérusalem est en proie ces dernières semaines à des accès de violence récurrents, l'inquiétude grandit dans la région, comme en témoigne cette tribune de Michael Ben-Yair, l'ancien procureur général d'Israël dans une tribune publiée sur EU Observer, le 21 novembre. Pour lui, «la sécurité d'Israël ne peut pas être fondée uniquement sur l'épée, mais aussi sur la justice morale, la paix avec le peuple palestinien et avec les Etats arabes voisins». Une reconnaissance de l'Etat palestinien par le Parlement européen et la France pourrait l'obliger à réviser sa politique vis-à-vis des Palestiniens et des Arabes israéliens, de plus en plus dure: le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a fait voter dimanche 23 novembre en Conseil des ministres un projet de loi controversé visant à renforcer le caractère juif de l’Etat d'Israël au risque, pour ses détracteurs, de faire des citoyens non-juifs des citoyens de seconde zone.

3-Une reconnaissance qui pourrait exacerber les violences entre communautés en France

Mais l'ambassadeur d'Israël en France s'en inquiète: cette reconnaissance par les députés français d'un Etat palestinien est à ses yeux «une mauvaise initiative pour la communauté juive française», a déclaré Yossi Gal. Un tel vote, après les actes survenus en marge des manifestations propalestiniennes de cet été à Paris «pourrait engager un nouveau cycle de violences contre Israël et les Israéliens. Mais plus grave encore pour la France et ses citoyens. Comme nous l'avons encore vu cet été, ce cycle de violences pourrait à nouveau s'importer en France», a-t-il affirmé.