Colombie: semaine cruciale entre Farc et gouvernement pour le processus de paix

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Le président Juan Manuel Santos (D) et le directeur général de la police Rodolfo Palomino le 147 novembre 2014 à Bogota
Le président Juan Manuel Santos (D) et le directeur général de la police Rodolfo Palomino le 147 novembre 2014 à Bogota — Guillermo Legaria AFP

Une semaine cruciale démarre lundi pour le processus de paix en Colombie, gouvernement et Farc cherchant à s'accorder pour la libération d'un général et quatre autres personnes détenues par la guérilla marxiste.

Leur sort conditionne directement la reprise des pourparlers bloqués depuis huit jours par le président Juan Manuel Santos avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), la principale rébellion du pays avec près de 8.000 combattants.

Confiant dans une issue rapide depuis le début de la crise, le chef de l'Etat a assuré avoir «donné des instructions» pour obtenir leur libération dans le courant de la semaine.

Deux soldats, qui avaient été enlevés le 9 novembre dans la province d'Arauca, près de la frontière avec le Venezuela, devraient être les premiers à retrouver la liberté, probablement mardi.

Le gouvernement a déjà «suspendu les opérations de la force publique dans ce secteur», a annoncé dimanche soir le ministère de la Défense, un procédé habituel permettant à la guérilla de les relâcher en toute sécurité.

Depuis La Havane où se déroulent les négociations de paix depuis deux ans, la délégation des Farc avait affirmé auparavant que les soldats pourraient «retrouver la liberté mardi prochain» si le «protocole était rigoureusement observé», en référence à l'arrêt des opérations militaires.

Outre les soldats, les autorités attendent la libération du général Ruben Alzate et de ses accompagnateurs, un caporal et une conseillère de l'armée, capturés le 16 novembre dans la province du Choco sur la côte Pacifique.

C'est la capture de cet officier expérimenté, plus haut gradé jamais détenu par la guérilla, qui avait donné le coup d'envoi de la crise et provoqué l'interruption des négociations.

- «Sur le bon chemin» -

Mais les Farc ont à nouveau reproché au gouvernement de «mettre en danger» la libération du général en maintenant les activités militaires dans cette région recouverte de forêt et de cours d'eau, particulièrement difficile d'accès.

Leur délégation à Cuba a dénoncé des «débarquements de troupes», des «bombardements» et des «survols aériens». «Tant que cette situation n'est pas modifiée, le retour à la liberté du général Alzate et ses accompagnateurs cette semaine serait improbable», a-t-elle averti.

L'armée n'effectue «aucune tentative de sauvetage» mais «seulement un contrôle militaire de la zone pour la protection des citoyens», a répondu le ministère de la Défense, précisant n'avoir reçu pour l'instant que les coordonnées des lieux de libération pour les deux soldats.

Selon le protocole habituel, les personnes enlevées doivent être remises par les Farc à des missions humanitaires du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les équipes patientent déjà depuis plusieurs jours.

«L'opération pour toutes ces libérations est a priori sur le bon chemin. Mais il est évident que tout retard représente un risque avec d'autres actions possibles», a commenté pour l'AFP Ariel Avila, expert au centre Arco Iris, spécialisé dans le conflit colombien.

Dans la province du Choco, la situation s'annonce d'autant plus complexe que la seconde guérilla colombienne, l'Armée de libération nationale (ELN), forte de 2.500 rebelles, y a décrété une interdiction de circuler.

Cette démonstration de force, coutumière de l'ELN dans cette région, tombe à un moment délicat puisqu'elle pourrait perturber la libération du général.

L'interdiction, qui concerne «les entreprises de transport aérien, terrestre et maritime, ainsi que la population», sera valable pour les journées de mardi et mercredi, ont relayé les services du Défenseur du peuple, organisme chargé des droits de l'Homme qui fait aussi office de médiateur.

Fondées dans les années 1960, les Farc et l'ELN sont les dernières guérillas d'extrême gauche en activité en Colombie où le conflit interne a fait quelque 220.000 morts et 5,3 millions de déplacés, selon des chiffres officiels.