Journée internationale des droits de l'enfant: A Bucarest, les Roms reprennent le chemin de l'école

REPORTAGE Alors qu’ils feront partie des travailleurs et citoyens de demain, les enfants roms de Roumanie sont très peu scolarisés...

Bérénice Dubuc

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Les élèves de l'école de Fantanele, près de Bucarest, le 6 novembre 2014. Lancer le diaporama
Les élèves de l'école de Fantanele, près de Bucarest, le 6 novembre 2014. — UNICEF France /Pierre Terdjman

A l’occasion des 25 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’ONU  le 20 novembre 1989, 20 Minutes en partenariat avec l’Unicef France met chaque jour en avant les progrès réalisés et ceux qui restent à accomplir pour faire respecter ces droits fondamentaux.

Une classe, des élèves derrière leur pupitre, qui écoutent leur enseignante pendant un cours. Cette image d’Epinal n’est pas si habituelle que cela en Roumanie, et particulièrement dans les écoles des communes à forte population rom.

En effet, alors que la scolarisation est obligatoire pour l’ensemble des enfants de 6 à 16 ans, «en 2005, seuls 46% des Roms âgés de 12 ans et plus avaient ainsi été scolarisés pendant plus de quatre ans, et parmi eux, seulement 13 % avaient bénéficié d’un enseignement secondaire», rappelle Eugen Crai, directeur du Fonds pour l’éducation des Roms en Roumanie.

Précarité

Ces taux s’expliquent principalement par la précarité dans laquelle vivent ces familles, l’abandon après un échec scolaire/un redoublement, ainsi que par le manque de débouchés pratiques de l’école. «Dans une situation difficile, les parents, qui souvent n’ont pas été scolarisés, ne comprennent pas à quoi cela sert d’envoyer leurs enfants à école alors qu’ils pourraient apporter quelque chose à la famille», explique George Puiu, instituteur à l’école de Fantanele, près de Bucarest.

En marge des mesures prises par le gouvernement depuis 1990 pour inclure ces enfants dans le système scolaire, différents programmes ont vu le jour, comme l’initiative «Let’s go to school» de l’Unicef.

Inclure les parents

A Fantanele, l’une des 250 écoles impliquées dans cette initiative, l’équipe éducative a choisi de développer deux projets mêlant activités scolaires et extrascolaires pour rendre l’école plus attractive: une journée de rencontres sportives avec les autres écoles, et une excursion au zoo et au jardin botanique de Bucarest. «Cela a permis aux enfants de mettre en pratique ce qu’ils avaient appris en classe d’éducation physique, de sciences… mais aussi de créer un lien entre l’école et la communauté, en incluant les parents – spectateurs, mais aussi arbitres, accompagnateurs…», explique la directrice de l’école, Dora Stefan.

«Les enfants à risque sont aussi mis en valeur pendant les heures de classe où ils exposent à leurs camarades ce qu’ils ont pu découvrir», ajoute Otilia Apostu, chercheuse à l’Institut des sciences de l’éducation, partenaire de l’Unicef. «Tout cela semble banal, mais ça ne l’est pas pour ces enfants dont l’estime de soi est souvent défaillante.» Les enseignants sont également formés aux techniques de pédagogie moderne (apprentissage par le jeu, application à la vie de tous les jours – les maths servent au marché, à faire un budget…).

«Créer les conditions d’une spirale vertueuse»

«Les décrocheurs potentiels viennent à l’école avec plus de plaisir, et les parents prennent conscience que l’éducation est une chance pour leurs enfants», ajoute George Puiu. Ainsi, alors qu’au cours de l’année scolaire 2009/2010, on comptait 7,9% d’élèves en décrochage scolaire à Fantanele, ils ne sont plus que 2% dans cette situation en 2013/2014, selon les chiffres de l’Institut des sciences de l’éducation.

«L’Union européenne a fait une projection: d’ici 2020, 20 à 25% des nouveaux entrants sur le marché du travail seront roms, note Sandie Blanchet, représentante de l'Unicef en Roumanie. Si le gouvernement ne prend pas conscience de cela, et ne s’assure pas maintenant que ces enfants soient scolarisés, qu’ils apprennent à lire, à écrire, qu’ils apprennent un métier, cela va être très difficile pour le pays de défendre sa place dans l’UE.» La Roumanie est en effet l’un des pays européens qui investit le moins dans son éducation. Or, «l’investissement dans les enfants est le seul moyen de créer les conditions d’une spirale vertueuse pour sortir le pays de la pauvreté».