Flavia Prodi: «Je nie être la conseillère personnelle de Romano»

ITALIE Le président du Conseil, qui devait affronter le Sénat hier, a coécrit un livre avec son épouse

Recueilli par Faustine Vincent

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Flavia Prodi. Professeur et épouse de Romano Prodi, chef du gouvernement italien. Coauteur de La politique du cœur, Editions Nouvelle Cité
 
Votre livre, écrit à quatre mains avec votre mari Romano Prodi, renvoie l’image d’un couple idéal… Vous avez voulu édulcorer ?
Une amie m’a effectivement dit que je n’avais parlé que des choses positives. Mais ce n’est pas une biographie. Je voulais que ce soit didactique pour raconter ce que nous avons observé en Italie depuis cinquante ans. Et, la meilleure façon de faire, c’est de prendre des exemples positifs.
 
Comment définissez-vous votre rôle par rapport à lui ? Entre conseiller spécial et « Première dame » ?
En Italie, le rôle de la femme du Premier ministre est très effacé. Celui de « Première dame » est réservé à la femme du président - bien que le rôle du Premier ministre soit plus important que celui du président. J’ai donc pu mener une vie normale et continuer à enseigner à temps partiel, même s’il faut se battre pour trouver du temps ensemble et préserver sa vie privée. Romano dit à la presse que je suis sa conseillère personnelle. Moi je nie, car je n’ai peut-être pas envie d’avoir cette responsabilité et ce titre, même si je me suis beaucoup investie dans la dernière campagne pour le Conseil, par exemple.
 
Vous n’échappez pourtant pas à cette responsabilité.
Oui, j’accueille les femmes des chefs d’Etat en Italie et je l’accompagne chaque fois que nécessaire lors de ses déplacements. C’est un vrai travail, parce qu’il faut étudier à fond les questions qui peuvent intéresser les visiteurs ou nos hôtes pour pouvoir présenter notre pays. Ce fut le cas avec Hillary Clinton aux Etats-Unis. Et je me suis aussi beaucoup investie dans la dernière campagne électorale de mon mari pour la présidence du Conseil.
 
Vous semblez tenir ce rôle politique presque malgré vous
Non, car j’aime la politique. Mais je ne veux pas que cela interfère dans ma vie privée.
 
C’est pour ça que vous avez toujours refusé les sollicitations politiques, même locales ?
Oui. J’ai préféré mes études. Je n’aime pas prendre des responsabilités ni des décisions pour les autres. Je suis trop analytique pour ça. Je vois toujours le pour et le contre, donc impossible prendre une position tranchée comme l’exige la politique.
 
Vous racontez qu’au début, quand un journaliste avait voulu vous interviewer, vous lui aviez répondu « rappelez-vous que je n’existe pas ». Pourquoi ?
C’était le moment où l’aventure politique de Romano commençait. J’avais un peu peur car je voulais sauvegarder la vie que j’avais construite. Mais je crois que j’ai fini par trouver un équilibre entre la politique et ma vie privée.
 
Quelle influence avez-vous sur les décisions politiques de Romano Prodi ?
Nous avons tous les deux été professeurs. Nous avons donc toujours confronté nos points de vue. C’est l’habitude d’une vie, et cela s’est poursuivi en politique, même si moi je n’en fais pas.
 
Avez-vous déploré certaines de ses décisions politiques ?
Oui, par exemple, quand il a voté le budget, j’aurais voulu plus d’argent pour le secteur social et sanitaire, alors que je sais qu’il y a des contraintes à respecter. C’est logique : par ma formation, je suis plus sensible à l’aspect social, lui à l’aspect économique.
Mais la question n’est pas forcément d’être d’accord tous les deux.
 
Que vous inspirent les couples Sarkozy et Royal-Hollande en France ?
Je ne les connais pas assez…
 
Et le couple Berlusconi (ex-président du Conseil) ?
Madame Berlusconi a toujours été très réservée.
 
Elle a pourtant demandé des excuses publiques à son mari pour avoir lancé à une autre femme qu'il l'épouserait "tout de suite" s'il n'était pas déjà marié.
(Elle sourit). No comment !