VIDEO. Et si la France payait une rançon pour la libération de Serge Lazarevic?

TERRORISME Avec la vidéo de Serge Lazarevic diffusée ce lundi, les ravisseurs du Français tenteraient de mettre la pression sur la France pour obtenir le versement d’une rançon…

Anissa Boumediene

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L'otage français Serge Lazarevic dans une vidéo mise en ligne par Aqmi le 17 novembre 2014.
L'otage français Serge Lazarevic dans une vidéo mise en ligne par Aqmi le 17 novembre 2014. — Capture d'écran / 20minutes

C’est «preuve de vie récente qui était attendue depuis longtemps». Ce lundi, une vidéo de Serge Lazarevic, a été diffusée par ses ravisseurs, le groupe d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), qui l’a enlevé au Mali avec Philippe Verdon le 24 novembre 2011. Trois ans d’un enfer pour le dernier otage français encore détenu dans le monde. Authentifiée par l’Elysée, la vidéo montre le Français pour la première fois depuis le mois de juin, des images publiées au lendemain d’une autre vidéo, celle de la décapitation de l’Américain Peter Kassig, dans laquelle le Français Maxime Hauchard est impliqué. Un timing qui laisse à penser que les ravisseurs du Français espèrent monnayer sa libération.

Sa fille «choquée» de voir son père «malade»

Dans cette vidéo, qui pourrait avoir été réalisée le 26 septembre, Serge Lazarevic déclare que ses jours sont en danger, et implore le chef d’Etat de «tout faire pour le libérer». Filmé dans l'habitacle d'un pick-up, barbu et coiffé d’un turban touareg, Serge Lazarevic assure être «très malade. J'ai mal aux reins, je souffre d'hypertension, d'asthme, d'un ulcère et de mon genou. Je sens que ma vie est en danger depuis l'intervention française en Irak», dit-il à propos des frappes aériennes menées contre les djihadistes de Daesh. «Vous êtes responsable de tout ce qui m'arrivera», poursuit-il à l’adresse de François Hollande. «Vous avez libéré tous les Français, je suis le dernier. J'espère ne pas être le huitième sur la liste des Français tués dans le Sahel», dit-il conformément au texte qu’il lit. Au micro de RTL ce mardi, Diane Lazarevic s'est dite «très choquée» de voir son père.

Un « instrument d’échange » pour Hollande

Informé de la mise en ligne de la vidéo alors qu'il se trouvait à bord de son avion pour Sydney (Australie), François Hollande a condamné ce mardi «cette espèce de voyeurisme de la barbarie». «Pourquoi cette vidéo? Est-ce pour participer à cette espèce de montée dans l'extrême horreur, comme en Syrie? Ou veulent-ils rappeler qu'ils détiennent ces deux personnes pour souligner leur valeur?», a-t-il réagi, pas dupe des intentions des ravisseurs du Français. Ils espèrent faire pression sur la France et se servir de ces images comme d’un «instrument d’échange», craint l'Elysée. Dans la vidéo montrant Serge Lazarevic, il est d’ailleurs fait mention de Bowe Bergdahl, ce soldat américain pris en otage en Afghanistan et libéré en échange de cinq talibans détenus à Guantanamo.

Dans un communiqué publié lundi soir, l’Elysée indique que le président de la République est «en contact permanent avec les autorités de la région pour utiliser toutes les formes de dialogue permettant d’obtenir la libération de notre otage». Enlevé en même temps que Serge Lazarevic, Philippe Verdon avait été exécuté d’une balle dans la tête par Aqmi à l’été 2013. Pour éviter qu’un tel scénario macabre ne se reproduise, la France pourrait accepter de négocier avec les terroristes et verser une rançon contre la libération du Français de 50 ans. Si l’Elysée et le Quai d’Orsay nient farouchement tout versement d’argent aux terroristes, en coulisses, la France mettrait la main au portefeuille pour obtenir la libération de ces otages. Il y a un an, Le Monde révélait les dessous de la libération des quatre otages d’Arlit au Niger, pour qui la France avait accepté de payer une rançon. Une attitude d’ailleurs condamnée par la diplomatie américaine. 

Diane Lazarevic, elle, «espère une libération [de son père] pour Noël».